Archives de catégorie : Editoriaux

Le Rocher qui fait vivre

« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre »

Certaines pierres du Temple de Jérusalem sont véritablement monumentales. Selon certaines estimations, l’une des pierres de fondation encore en place ferait plus de 500 tonnes ! On comprend que les disciples de Jésus soient en admiration devant l’édifice (Evangile de dimanche). Et que la réaction de Jésus puisse surprendre : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre ». De fait, quelques années plus tard, le Temple sera détruit par l’armée romaine de Titus lors du siège de Jérusalem (vers l’an 70).

Nous aussi, nous pouvons être en admiration devant certaines églises, qui sont de véritables chefs d’œuvres ! Mais nous ne devons jamais oublier que toute leur valeur vient de l’Hôte dont elles sont la demeure. C’est ce qu’avait bien compris l’aumônier des pompiers qui risqua sa vie pour sauver le St Sacrement dans Notre-Dame en feu le 15 avril dernier. La beauté architecturale, qui passera, ne doit pas nous détourner de Celui qui est au-dessus de tout, à qui revient la Majesté pour l’éternité ! Elle doit bien plutôt nous tourner vers Lui, élever notre regard et notre cœur vers notre Dieu si grand et si bon !

C’est la raison pour laquelle, comme le faisait remarquer notre archevêque au lendemain de l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris, certaines statues sur le toit sont invisibles de la terre. Elles n’ont pas été faites pour être vues des hommes, mais de Dieu ! Qu’elles sont belles les œuvres qui ne sont destinées qu’à plaire à Dieu ! Ces œuvres-là embellissent les pierres vivantes que nous sommes, pour construire ce Temple qui ne sera pas détruit, le Corps du Christ. Puissent nos âmes être plus belles et plus propres encore que nos églises, pour que le Roi des rois vienne y demeurer avec plaisir.

Père Benoît Leclerc

L’espérance ne déçoit pas

Notre société nous fait espérer tant de biens divers que lorsque les temps se font difficiles, les biens désirés s’éloignent et la grisaille reprend vite le dessus. L’heure d’hiver et le ciel couvert aidant, un français sur dix souffrirait de dépression saisonnière en automne. Vous pouvez tenter de vous habiller de couleurs vives et guetter le moindre rayon de soleil. Mais le phénomène n’est-il pas aggravé par l’exténuation de la vertu théologale d’espérance ? En ne contemplant que des biens évanescents, dont la nature elle-même nous offre l’exemple en se préparant à l’hiver, nous sommes confrontés à la dure réalité que tout passe, en ce monde.

Deux paroles du Christ nous rejoignent alors ces deux prochains dimanches :

« Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 9, 10)

« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Luc 20, 38)

Ravivons donc notre vertu d’espérance pour rester branchés sur le soleil qui n’a pas de déclin.

« L’espérance est la vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit » … « elle purifie [les espoirs des hommes] pour les ordonner au Royaume des cieux ; elle protège du découragement ; elle soutient en tout délaissement ; elle dilate le cœur dans l’attente de la béatitude éternelle. L’élan de l’espérance préserve de l’égoïsme et conduit au bonheur de la charité » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°1817-1818).

Vêtus habituellement de noir, vous verrez peu de prêtres et de religieuses en habits bariolés cet automne. Quel est donc leur secret ?

L’adoration : la vertu d’espérance se fortifie en s’exposant abondamment aux rayons du Soleil de justice. « Voici que le Soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons » (Malachie 3, 20).

Père Jean-Pierre Durand

Soyons sages comme Jeanne d’Arc !

« Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse » (Ps 89,12)

Notre sortie paroissiale à Rouen le samedi 12 octobre a été riche. Mais que retenir de cette journée, qui alliait le spirituel à la détente, en passant par le fraternel sans oublier ni le gastronomique et encore moins l’homélie d’un anglais sur Jeanne d’Arc ? Sans doute beaucoup de choses, et chacun pourra se poser la question. Pour ma part, je voudrais vous partager un enseignement que j’en retire.

Comment se fait-il que des siècles après, on parle encore d’une jeune femme, inconnue au départ, dans tous les domaines de la société (politique, religieux, culturel, …) ? Pourquoi sa vie a été importante au point qu’en se rendant sur le lieu de son bûcher, on soit encore ému et saisi par la dignité du lieu et la solennité de l’événement (malgré la fanfare qui passe à ce moment-là) ? Pourquoi une vie si courte – elle est morte à 19 ans – a-t-elle autant marqué les esprits ?

Bien sûr elle a fortement contribué à l’évolution politique et militaire du pays, ce qui suffit à la faire entrer dans l’histoire. Mais il y a plus que cela. Jeanne d’Arc a donné sa vie par fidélité à Dieu qui lui avait confié une mission importante, par des « voix ». L’accomplissement de sa mission jusqu’au bout lui a valu la condamnation à mort. Mais elle a préféré être fidèle à la vérité, à Dieu et à sa volonté, que de garder sa propre vie. Sa vie nous donne un message fort, qu’on peut résumer avec les mots du psaume :

« Ton amour vaut mieux que la vie » (Ps 62,4).

L’exposition sur le Titanic est venue comme pour confirmer cette vérité, avec le témoignage d’un couple qui avait choisi de rester ensemble sur le bateau qui coulait, laissant la place sur le canot de sauvetage à leur domestique.

Père Benoît Leclerc

Bonne année avec Saint Joseph

Depuis mon arrivée à la paroisse cet été, je suis frappé (au sens figuré) par St Joseph, dont la statue trône sur la façade de l’église. Et je me demande souvent : « St Joseph, à quoi penses-tu ? On dirait que tu veux nous dire quelque chose, mais quoi ? » Alors, je lui demande régulièrement : « Que veux-tu nous dire ? »

Alors après mon regard descend un peu, et je le vois sur la peinture avec Marie et Jésus. Comme s’il disait : « Tu vois, je ne suis jamais tout seul. Je suis toujours en famille, avec Marie et Jésus. C’est le vrai bonheur ».

Ensuite je regarde un peu plus à droite, et je le vois avec sa grosse hache, non pas une hache de guerre comme les Leudes de Charlemagne sur le parvis de Notre-Dame, mais une bonne hache pour couper du bois. Et là il dit : « Tu vois, je travaille aussi ». N’oublions pas que nous sommes chez St Joseph « artisan ». Son travail d’ailleurs est très noble : il travaille le bois, lui donne la bonne forme, assemble les morceaux, réalise un outil ou un meuble. Il travaille de ses mains.

Puis sous la statue, je découvre ces inscriptions qui témoignent de la reconnaissance des paroissiens pour sa fidèle protection de la paroisse (comme le 12 avril 1918 quand un obus est tombé dans la cour et n’a pas explosé).

Enfin, je rentre dans l’église (par la porte de gauche), et je tombe sur…St Joseph, qui accueille les visiteurs, l’Enfant Jésus dans les bras. Et là il dit : « Quand tu entres dans l’église, rappelle-toi que tu entres dans la maison de Dieu, de mon fils adoptif Jésus. Il est là présent, toujours prêt à t’écouter, entendre ta prière. Ne te lasse jamais de venir à Lui. Je n’ai pas de plus grand trésor à t’indiquer ».

Alors, je nous souhaite à tous une bonne année avec St Joseph, sous sa protection ; qu’il bénisse nos familles, notre travail, tout ce qui fait notre vie et que nous sachions l’écouter et l’entendre nous dire : « approche-toi de Jésus ».

Père Benoit Leclerc

ps : et pour finir…

une pointe d’humour :

Retour de congés

Cela fait plaisir, avec la rentrée, de vous revoir chers paroissiens, ainsi que des têtes nouvelles que nous allons apprendre à connaître.

On pourrait envisager la rentrée comme les fatalistes : « C’est la vie ! On ne peut rien y faire. » Mais notre église est entourée d’écoles et il est frappant de voir la joie des enfants de retour en classe (les petits plus que les grands). Ils sont contents parce qu’ils vont faire quelque chose de constructif : apprendre. Et ils nous rappellent ainsi une vérité profonde, constitutive de l’être humain. Dieu a confié à l’homme la nature pour la cultiver. Avant que le péché rende le travail pénible, l’homme était déjà destiné à travailler pour perfectionner l’oeuvre de Dieu. Dieu crée l’homme et l’associe, par son travail, à l’oeuvre de création. Il y a une joie à créer, construire, perfectionner, que ce soient des choses, ou bien la société, ou d’autres personnes. Cette joie est due au fait qu’en le faisant, l’homme se réalise. Il s’accomplit en rendant les choses meilleures. De même que Dieu est bon et fait participer à sa bonté les choses qu’il crée, il crée l’homme à son image et celui-ci aime diffuser autour de lui le bien qu’il porte en lui-même. Par exemple Rodrigue Tandu, l’ancien responsable du Rocher que beaucoup ont connu, a déménagé et s’investit maintenant dans la réinsertion des prisonniers.

Considérons notre travail et les différentes charges que nous assumons et que nous devons reprendre, en cette fin d’été, comme quelque chose de constructif. Même si c’est lourd, même si c’est une activité très humble, c’est là que nous construisons la petite portion de la création qui nous est confiée.

Alors le Maître nous dira : « C’est bien, bon et fidèle serviteur. Tu as été fidèle en peu de choses, je t’en confierai beaucoup. Entre dans la joie de ton Maître » (Matthieu 25, 23).

Père Jean-Pierre Durand

Un été pour oser le silence

Dans mon déménagement, j’ai retrouvé dans mes affaires un petit livre intitulé Une valeur en or : le silence. Il date de 1955. Ce qui est étonnant c’est que déjà à cette date, il fait le constat de «  la course échevelée à la recherche du temps qui fuit », de la domination du bruit, et que « beaucoup vivent à la superficie d’eux-mêmes, éprouvés quand il s’agit de concentrer leur attention, et sont happés par les appels extérieurs agissant sur eux à la manière d’une drogue ». Il déclare qu’il y a là « une véritable maladie du siècle ». Plus de 60 ans après, la situation s’est accélérée encore… Nous en avons tous conscience. L’été est une opportunité pour briser ce rythme et ce bruit.

Sans le silence, pas de rencontre authentique avec Dieu. Quand on ne sait pas se ménager de temps en temps quelques instants de silence, on finit par ne considérer comme réellement valables que des réalités perceptibles aux sens. Ne compte à nos yeux, – et bientôt hélas ! à notre cœur – que ce qui se voit, que ce qui se palpe, ce qui s’entend. L’Invisible, plus profondément réel pourtant que le visible, devient bientôt lettre morte et se confond avec le néant. Nous avons besoin du silence pour retrouver le sens de l’Invisible et entendre la voix de Dieu nous parler. C’est l’expérience du prophète Elie qui rencontra Dieu dans le silence d’une brise légère et non dans l’ouragan (I R 19,13). C’est l’expérience du Christ qui cherchait des lieux désert ou la nuit pour prier et qui donna ce conseil pour prier : « lorsque tu voudras prier, entre dans ta chambre et, ayant fermé la porte sur toi, prie ton Père dans le secret et, ton Père, qui voit dans le secret, t’exaucera » (Mt 6,6). C’est l’expérience de tous les saints qui ont compris que le silence est comme le climat de Dieu.

Cet été, où le flot des activités est plus léger, profitons pour nous ménager des espaces de silence : pas simplement pour se reposer les oreilles, mais pour prendre le temps d’être présent à la Présence divine qui vit en nous. Dieu est l’ami qui frappe à la porte de notre cœur et qui souffre d’être si seul. C’est l’amour du silence qui conduit au silence de l’Amour. Je vous souhaite de belles rencontres avec le Seigneur cet été !

Père Jocelyn Petitfils

Pentecôte

Le Temps pascal s’achève, en nous révélant son vrai visage : il est le temps de l’Esprit Saint. Une double effusion de l’Esprit le marque au premier et au dernier jour, au soir de la Résurrection et au matin de la Pentecôte, comme nous le rapportent la lecture de l’Évangile et celle des Actes des Apôtres.

Dans une sorte de méditation sur la Parole de Dieu, la liturgie nous présente l’Esprit Saint à la fois comme une force d’expansion communautaire et comme un principe d’intériorisation. L’Esprit de Dieu remplit l’univers dont il assure l’unité, il sanctifie l’Église « chez tous les peuples et dans toutes les nations », il répand ses dons « sur l’immensité du monde ». Mais, en même temps, il pénètre les cœurs, il les remplit du feu de son amour et les « ouvre à la vérité tout entière ». Il est le principe vital du chrétien, en qui il agit tour à tour à la manière du feu qui brûle et la source d’eau vive qui régénère. Qu’il gouverne le corps de l’Église ou qu’il modèle chacun des baptisés, son but est de faire chanter à tous les merveilles de Dieu.

C’est dans l’assemblée des croyants, l’Église, que nous pouvons rencontrer Jésus ressuscité et devenir des témoins. Dieu se donne à tous, quels qu’ils soient. Comme une nouvelle de plein vent, l’Évangile ne s’écrit pas dans un livre mais dans toute vie humaine. Tout homme est un livre ouvert ou l’Esprit grave et où les autres peuvent lire l’amour du Père.

Église, ouvre largement tes portes pour annoncer, construire et vivre un monde de joie, de paix et de pardon, le monde de l’Esprit.

Maurice BUREL, Diacre

Allumez le feu !

Peu avant une fête de la Pentecôte, l’Esprit Saint, du haut du Ciel, voyant son église affligée des maux que nous lui connaissons bien, entreprit de préparer quelques cadeaux qui pourraient ragaillardir ceux qui se nomment chrétiens.

Il se souvenait qu’avec Saint François cela avait porté du fruit au-delà de toute espérance et qu’il s’était remis à bâtir son église de pierre, puis des âmes. Et à vrai dire avec bien d’autres saints et saintes au cours des âges l’église était repartie de plus belle.

Pourquoi pas avec cette petite paroisse du coin nord-est du 10e arrondissement, vers la place Stalingrad ? Ils ont fait bien des efforts ces derniers temps pour partir en mission. Un nouveau souffle ne leur ferait pas de mal ! La Troisième personne de la Trinité se remit de plus belle à préparer ses cadeaux. La fête de la Pentecôte, c’est un peu la sienne tout de même.

Tout à coup, une inquiétude le prit. Préparer des cadeaux, c’est bien joli mais vont-ils les recevoir ? Est-ce qu’ils m’attendent au moins ? Et si j’arrivais et qu’il n’y ait personne ? Le prêtre occupé à écrire son homélie, les fidèles à se demander quel est le numéro du chant pris par l’animatrice, ou comment se fait-il que la messe a encore dépassé 60 minutes…

Comment leur dire que JE SUIS LÀ, J’EXISTE, JE VIENS et avec moi reprennent vie les dons de SAGESSE et d’INTELLIGENCE, CONSEIL et FORCE, SCIENCE, PIÉTÉ et CRAINTE du Seigneur ? Mais aussi FOI, ESPÉRANCE et CHARITÉ ? Et aussi toutes les VERTUS humaines : PATIENCE, BONTÉ, MAGNANIMITÉ, MODESTIE, CONTINENCE, CHASTETÉ avec la JOIE et la PAIX (Ga 5, 22) ? Sans parler du reste…

Aussi le curé de la paroisse, émut de compassion pour l’Esprit Saint et visant toujours le bien spirituel des fidèles entrevit-il de les préparer par quelques exercices appropriés (voir la Lettre de Saint Joseph).

Père Jean-Pierre Durand

Jean Vanier, prophète de la fraternité

J’ai eu la grâce de rencontrer personnellement Jean Vanier il y a une dizaine d’année. Je garde de ce moment une impression singulière. Je n’étais pas le seul à le saluer ce jour-là. Je me souviens qu’à chacun, il manifesta une amabilité très profonde. Pour moi, c’était comme s’il me connaissait depuis toujours, comme si on était des vieux amis.

La qualité de la présence et l’amour pour chacun sans distinction sont des traits spécifiques qui ont marqué toute sa vie. Jean Vanier s’est éteint dans la nuit du 6 au 7 mai. Il fait partie de ces quelques personnes qui ont aidé à transformer la face de la terre. En 1963, âgé de 35 ans, sa rencontre avec deux personnes dans un asile psychiatrique en France, près de la forêt de Compiègne, va changer son existence. Devant la dureté de leur condition de vie, et leur cri de détresse, il décide d’acheter une maison à proximité et de les accueillir pour vivre une expérience de vie commune sans vraiment de plan préétabli à l’avance. Il raconte : « au fond, ils voulaient un ami. Ils ne voulaient pas d’abord mes connaissances, mes capacités de faire des choses, mais mon cœur et mon être ». Très rapidement, des personnes le rejoignent et des nouvelles maisons se lancent. La communauté de l’Arche est née. Elle consiste à vivre une vie commune entre personnes porteuses de handicap mental et des personnes appelées « assistantes » qui les accompagnent.  En 2019, elle rassemble 10 000 membres vivants dans 152 communautés réparties sur tous les continents et où l’on respire un esprit très éloigné de la loi de la performance et de la concurrence débridées. Je peux en témoigner en ayant vécu un mois lumineux dans une de ces communautés. « Le plus pauvre a un pouvoir extraordinaire de guérir certaines blessures de nos cœurs » dira-t-il.

Fervent catholique, Jean Vanier ne va pas cesser de sillonner le monde pour défendre la beauté et la dignité de la vie vulnérable à travers conférences et livres mais en ne délaissant pas sa vie de proximité avec sa communauté de l’Oise. Dans Jésus vulnérable, un de ses livres, il témoigne : « Le risque, c’est de croire que nous sommes quelqu’un parce que nous faisons des choses. Il est vrai que nous savons faire des choses importantes. Nous avons du mal à accepter notre personne profonde, cachée derrière le besoin de prouver quelque chose. Il nous faut découvrir que nous sommes aimés tels que nous sommes. Et c’est le mystère de Dieu. Il se révèle à nous pour nous dire: « Je t’aime comme tu es » ».

Père Jocelyn PETITFILS

« De quoi discutez-vous en marchant ? »

Il y trois ans, sur ce trottoir du boulevard de la Villette, un homme mourait poignardé et l’actualité continue à égrener les tristes événements de notre monde. La première parole que Saint Luc nous rapporte du Christ ressuscité peut paraître anodine : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Il s’adressait aux disciples qui s’en allaient à Emmaüs le soir de Pâques. Et tout l’effort de Jésus va consister à leur faire interpréter les événements à la lumière d’un autre niveau de la réalité : le Christ est vivant !

En ce début de temps pascal, il nous faut très certainement faire nous aussi l’effort d’intégrer cette réalité dans nos points de vue. Tout doit être repensé en fonction de cet événement. Notre vie personnelle, familiale, sociale et politique, professionnelle, ecclésiale… Le Christ ressuscité illumine tous les aspects de la vie humaine. La perspective change, les événements prennent une autre signification. Les pièces du puzzle se rassemblent.

Saint Jean de la Croix (1542 – 1591) doit avoir 4 ans lorsqu’il tombe dans une marre où il y jetait des bâtons. Il touche le fond recouvert de vase et, lorsqu’il parvient à remonter à la surface, il voit une « belle dame » qui lui tend la main. Pour lui, c’est la Vierge Marie et il refuse de prendre sa main pour ne pas la salir. C’est un paysan qui, passant par là, le retirera de l’eau avec son aiguillon.

De ce monde de la résurrection, au-delà et tout proche de nous, le Christ nous tend la main. Saint Jean de la Croix, enfant, comprend instinctivement son indignité et Dieu lui ouvrira petit à petit les chemins de la sanctification. Effectivement, parvenir à vivre du Christ ressuscité nécessite de passer par la porte étroite. Ce sont les sacrements qui tiennent tous leur vigueur du Christ ressuscité qui doivent imprimer en nous le Christ. Redresser la tête et « vivre d’en-haut » comme le dira Saint Paul commence ainsi par là : recevoir les sacrements de Pâques.

Père Jean-Pierre Durand