Archives de catégorie : Editoriaux

Retour de congés

Cela fait plaisir, avec la rentrée, de vous revoir chers paroissiens, ainsi que des têtes nouvelles que nous allons apprendre à connaître.

On pourrait envisager la rentrée comme les fatalistes : « C’est la vie ! On ne peut rien y faire. » Mais notre église est entourée d’écoles et il est frappant de voir la joie des enfants de retour en classe (les petits plus que les grands). Ils sont contents parce qu’ils vont faire quelque chose de constructif : apprendre. Et ils nous rappellent ainsi une vérité profonde, constitutive de l’être humain. Dieu a confié à l’homme la nature pour la cultiver. Avant que le péché rende le travail pénible, l’homme était déjà destiné à travailler pour perfectionner l’oeuvre de Dieu. Dieu crée l’homme et l’associe, par son travail, à l’oeuvre de création. Il y a une joie à créer, construire, perfectionner, que ce soient des choses, ou bien la société, ou d’autres personnes. Cette joie est due au fait qu’en le faisant, l’homme se réalise. Il s’accomplit en rendant les choses meilleures. De même que Dieu est bon et fait participer à sa bonté les choses qu’il crée, il crée l’homme à son image et celui-ci aime diffuser autour de lui le bien qu’il porte en lui-même. Par exemple Rodrigue Tandu, l’ancien responsable du Rocher que beaucoup ont connu, a déménagé et s’investit maintenant dans la réinsertion des prisonniers.

Considérons notre travail et les différentes charges que nous assumons et que nous devons reprendre, en cette fin d’été, comme quelque chose de constructif. Même si c’est lourd, même si c’est une activité très humble, c’est là que nous construisons la petite portion de la création qui nous est confiée.

Alors le Maître nous dira : « C’est bien, bon et fidèle serviteur. Tu as été fidèle en peu de choses, je t’en confierai beaucoup. Entre dans la joie de ton Maître » (Matthieu 25, 23).

Père Jean-Pierre Durand

Un été pour oser le silence

Dans mon déménagement, j’ai retrouvé dans mes affaires un petit livre intitulé Une valeur en or : le silence. Il date de 1955. Ce qui est étonnant c’est que déjà à cette date, il fait le constat de «  la course échevelée à la recherche du temps qui fuit », de la domination du bruit, et que « beaucoup vivent à la superficie d’eux-mêmes, éprouvés quand il s’agit de concentrer leur attention, et sont happés par les appels extérieurs agissant sur eux à la manière d’une drogue ». Il déclare qu’il y a là « une véritable maladie du siècle ». Plus de 60 ans après, la situation s’est accélérée encore… Nous en avons tous conscience. L’été est une opportunité pour briser ce rythme et ce bruit.

Sans le silence, pas de rencontre authentique avec Dieu. Quand on ne sait pas se ménager de temps en temps quelques instants de silence, on finit par ne considérer comme réellement valables que des réalités perceptibles aux sens. Ne compte à nos yeux, – et bientôt hélas ! à notre cœur – que ce qui se voit, que ce qui se palpe, ce qui s’entend. L’Invisible, plus profondément réel pourtant que le visible, devient bientôt lettre morte et se confond avec le néant. Nous avons besoin du silence pour retrouver le sens de l’Invisible et entendre la voix de Dieu nous parler. C’est l’expérience du prophète Elie qui rencontra Dieu dans le silence d’une brise légère et non dans l’ouragan (I R 19,13). C’est l’expérience du Christ qui cherchait des lieux désert ou la nuit pour prier et qui donna ce conseil pour prier : « lorsque tu voudras prier, entre dans ta chambre et, ayant fermé la porte sur toi, prie ton Père dans le secret et, ton Père, qui voit dans le secret, t’exaucera » (Mt 6,6). C’est l’expérience de tous les saints qui ont compris que le silence est comme le climat de Dieu.

Cet été, où le flot des activités est plus léger, profitons pour nous ménager des espaces de silence : pas simplement pour se reposer les oreilles, mais pour prendre le temps d’être présent à la Présence divine qui vit en nous. Dieu est l’ami qui frappe à la porte de notre cœur et qui souffre d’être si seul. C’est l’amour du silence qui conduit au silence de l’Amour. Je vous souhaite de belles rencontres avec le Seigneur cet été !

Père Jocelyn Petitfils

Pentecôte

Le Temps pascal s’achève, en nous révélant son vrai visage : il est le temps de l’Esprit Saint. Une double effusion de l’Esprit le marque au premier et au dernier jour, au soir de la Résurrection et au matin de la Pentecôte, comme nous le rapportent la lecture de l’Évangile et celle des Actes des Apôtres.

Dans une sorte de méditation sur la Parole de Dieu, la liturgie nous présente l’Esprit Saint à la fois comme une force d’expansion communautaire et comme un principe d’intériorisation. L’Esprit de Dieu remplit l’univers dont il assure l’unité, il sanctifie l’Église « chez tous les peuples et dans toutes les nations », il répand ses dons « sur l’immensité du monde ». Mais, en même temps, il pénètre les cœurs, il les remplit du feu de son amour et les « ouvre à la vérité tout entière ». Il est le principe vital du chrétien, en qui il agit tour à tour à la manière du feu qui brûle et la source d’eau vive qui régénère. Qu’il gouverne le corps de l’Église ou qu’il modèle chacun des baptisés, son but est de faire chanter à tous les merveilles de Dieu.

C’est dans l’assemblée des croyants, l’Église, que nous pouvons rencontrer Jésus ressuscité et devenir des témoins. Dieu se donne à tous, quels qu’ils soient. Comme une nouvelle de plein vent, l’Évangile ne s’écrit pas dans un livre mais dans toute vie humaine. Tout homme est un livre ouvert ou l’Esprit grave et où les autres peuvent lire l’amour du Père.

Église, ouvre largement tes portes pour annoncer, construire et vivre un monde de joie, de paix et de pardon, le monde de l’Esprit.

Maurice BUREL, Diacre

Allumez le feu !

Peu avant une fête de la Pentecôte, l’Esprit Saint, du haut du Ciel, voyant son église affligée des maux que nous lui connaissons bien, entreprit de préparer quelques cadeaux qui pourraient ragaillardir ceux qui se nomment chrétiens.

Il se souvenait qu’avec Saint François cela avait porté du fruit au-delà de toute espérance et qu’il s’était remis à bâtir son église de pierre, puis des âmes. Et à vrai dire avec bien d’autres saints et saintes au cours des âges l’église était repartie de plus belle.

Pourquoi pas avec cette petite paroisse du coin nord-est du 10e arrondissement, vers la place Stalingrad ? Ils ont fait bien des efforts ces derniers temps pour partir en mission. Un nouveau souffle ne leur ferait pas de mal ! La Troisième personne de la Trinité se remit de plus belle à préparer ses cadeaux. La fête de la Pentecôte, c’est un peu la sienne tout de même.

Tout à coup, une inquiétude le prit. Préparer des cadeaux, c’est bien joli mais vont-ils les recevoir ? Est-ce qu’ils m’attendent au moins ? Et si j’arrivais et qu’il n’y ait personne ? Le prêtre occupé à écrire son homélie, les fidèles à se demander quel est le numéro du chant pris par l’animatrice, ou comment se fait-il que la messe a encore dépassé 60 minutes…

Comment leur dire que JE SUIS LÀ, J’EXISTE, JE VIENS et avec moi reprennent vie les dons de SAGESSE et d’INTELLIGENCE, CONSEIL et FORCE, SCIENCE, PIÉTÉ et CRAINTE du Seigneur ? Mais aussi FOI, ESPÉRANCE et CHARITÉ ? Et aussi toutes les VERTUS humaines : PATIENCE, BONTÉ, MAGNANIMITÉ, MODESTIE, CONTINENCE, CHASTETÉ avec la JOIE et la PAIX (Ga 5, 22) ? Sans parler du reste…

Aussi le curé de la paroisse, émut de compassion pour l’Esprit Saint et visant toujours le bien spirituel des fidèles entrevit-il de les préparer par quelques exercices appropriés (voir la Lettre de Saint Joseph).

Père Jean-Pierre Durand

Jean Vanier, prophète de la fraternité

J’ai eu la grâce de rencontrer personnellement Jean Vanier il y a une dizaine d’année. Je garde de ce moment une impression singulière. Je n’étais pas le seul à le saluer ce jour-là. Je me souviens qu’à chacun, il manifesta une amabilité très profonde. Pour moi, c’était comme s’il me connaissait depuis toujours, comme si on était des vieux amis.

La qualité de la présence et l’amour pour chacun sans distinction sont des traits spécifiques qui ont marqué toute sa vie. Jean Vanier s’est éteint dans la nuit du 6 au 7 mai. Il fait partie de ces quelques personnes qui ont aidé à transformer la face de la terre. En 1963, âgé de 35 ans, sa rencontre avec deux personnes dans un asile psychiatrique en France, près de la forêt de Compiègne, va changer son existence. Devant la dureté de leur condition de vie, et leur cri de détresse, il décide d’acheter une maison à proximité et de les accueillir pour vivre une expérience de vie commune sans vraiment de plan préétabli à l’avance. Il raconte : « au fond, ils voulaient un ami. Ils ne voulaient pas d’abord mes connaissances, mes capacités de faire des choses, mais mon cœur et mon être ». Très rapidement, des personnes le rejoignent et des nouvelles maisons se lancent. La communauté de l’Arche est née. Elle consiste à vivre une vie commune entre personnes porteuses de handicap mental et des personnes appelées « assistantes » qui les accompagnent.  En 2019, elle rassemble 10 000 membres vivants dans 152 communautés réparties sur tous les continents et où l’on respire un esprit très éloigné de la loi de la performance et de la concurrence débridées. Je peux en témoigner en ayant vécu un mois lumineux dans une de ces communautés. « Le plus pauvre a un pouvoir extraordinaire de guérir certaines blessures de nos cœurs » dira-t-il.

Fervent catholique, Jean Vanier ne va pas cesser de sillonner le monde pour défendre la beauté et la dignité de la vie vulnérable à travers conférences et livres mais en ne délaissant pas sa vie de proximité avec sa communauté de l’Oise. Dans Jésus vulnérable, un de ses livres, il témoigne : « Le risque, c’est de croire que nous sommes quelqu’un parce que nous faisons des choses. Il est vrai que nous savons faire des choses importantes. Nous avons du mal à accepter notre personne profonde, cachée derrière le besoin de prouver quelque chose. Il nous faut découvrir que nous sommes aimés tels que nous sommes. Et c’est le mystère de Dieu. Il se révèle à nous pour nous dire: « Je t’aime comme tu es » ».

Père Jocelyn PETITFILS

« De quoi discutez-vous en marchant ? »

Il y trois ans, sur ce trottoir du boulevard de la Villette, un homme mourait poignardé et l’actualité continue à égrener les tristes événements de notre monde. La première parole que Saint Luc nous rapporte du Christ ressuscité peut paraître anodine : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Il s’adressait aux disciples qui s’en allaient à Emmaüs le soir de Pâques. Et tout l’effort de Jésus va consister à leur faire interpréter les événements à la lumière d’un autre niveau de la réalité : le Christ est vivant !

En ce début de temps pascal, il nous faut très certainement faire nous aussi l’effort d’intégrer cette réalité dans nos points de vue. Tout doit être repensé en fonction de cet événement. Notre vie personnelle, familiale, sociale et politique, professionnelle, ecclésiale… Le Christ ressuscité illumine tous les aspects de la vie humaine. La perspective change, les événements prennent une autre signification. Les pièces du puzzle se rassemblent.

Saint Jean de la Croix (1542 – 1591) doit avoir 4 ans lorsqu’il tombe dans une marre où il y jetait des bâtons. Il touche le fond recouvert de vase et, lorsqu’il parvient à remonter à la surface, il voit une « belle dame » qui lui tend la main. Pour lui, c’est la Vierge Marie et il refuse de prendre sa main pour ne pas la salir. C’est un paysan qui, passant par là, le retirera de l’eau avec son aiguillon.

De ce monde de la résurrection, au-delà et tout proche de nous, le Christ nous tend la main. Saint Jean de la Croix, enfant, comprend instinctivement son indignité et Dieu lui ouvrira petit à petit les chemins de la sanctification. Effectivement, parvenir à vivre du Christ ressuscité nécessite de passer par la porte étroite. Ce sont les sacrements qui tiennent tous leur vigueur du Christ ressuscité qui doivent imprimer en nous le Christ. Redresser la tête et « vivre d’en-haut » comme le dira Saint Paul commence ainsi par là : recevoir les sacrements de Pâques.

Père Jean-Pierre Durand

Aimer la Croix du Christ

Début février, les médias ont recensé plusieurs profanations d’églises en France. A Nîmes, des délinquants ont dessiné une croix avec des excréments sur un mur, un tabernacle a été cassé et des hosties consacrées dispersées sur le sol. Dans le Tarn, un jeune a tordu le bras d’un Christ en croix pour lui faire un « DAB », un geste hip hop. Ce n’est malheureusement pas des faits rares. En France, en moyenne, on recense deux attaques d’églises par jour. Le Christ continue de souffrir encore aujourd’hui. On le constate depuis 2000 ans : beaucoup d’hommes ne peuvent supporter la croix de Jésus. Les témoins de Jéhovah affirment que Jésus – qui pour eux, n’est pas Dieu – n’est pas mort sur une croix mais sur un poteau. Dans les pays islamiques, la Croix-Rouge est obligée de repeindre ses ambulances pour cacher la croix. A Paris, des citoyens musulmans avaient demandé à M. Delanoë qu’on supprime les croix vertes des pharmacies. Le Coran n’a gardé que deux articles du credo chrétien : Jésus est bien né de la Vierge Marie et c’est lui qui viendra juger les vivants et les morts. Mais il y est dit que Jésus a été enlevé au Ciel juste avant qu’un autre ne soit crucifié à sa place, soit Simon de Cyrène, soit Judas.

Or, bien qu’étant Dieu, Jésus a bien souffert dans sa chair, a été moqué, accusé à tort, passé à tabac, flagellé, giflé, couvert de crachats, et est bien mort sur une croix. La Semaine sainte est l’occasion privilégiée pour méditer sur ce mystère inouï. Les rues de Paris vont voir défiler les chemins de croix paroissiaux.

Vivre un chemin de croix est toujours une expérience libérante. En effet, communier aux souffrances du Christ nous permet de sentir que nous ne vivons jamais seuls nos souffrances quotidiennes. Oui, Jésus n’est pas indifférent à nos misères. Il est parfaitement compatissant. Et il le prouve par sa croix. Le secret de sa gloire se trouve dans son abaissement : « il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix » (Ph 2,8). Contempler l’abaissement de l’Innocent suscite en nous la pitié pour Dieu et l’accueil de son amour absolu pour nous. Il guérit notre désobéissance. Voilà jusqu’où va la folie de l’amour de Dieu, voilà jusqu’où est capable celui qui est la source de notre vie et l’origine de notre résurrection. « La doctrine de la croix est une folie pour ceux qui périssent ; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est force divine »  (1 Corinthiens 1,17). Sûr de cette vérité, comment alors rejeter le trésor de notre salut, comment éviter ce spectacle régénérant ?

 

Père Jocelyn PETITFILS

Toutankhamon ou la peur des dieux

Le tombeau de Toutânkhamon attire les foules à la grande halle de la porte de Pantin. L’exposition est magnifique. Les objets exposés sont dignes d’un roi et dans un état de conservation stupéfiant.

Ces objets funéraires révèlent la spiritualité égyptienne telle qu’elle existait il y a 3300 ans, alors que les hébreux habitaient le pays, peu de temps avant Moïse. Ils nous font percevoir le milieu d’où le Seigneur les a libérés. 

Ils révèlent une peur : celle de l’au-delà et des dieux qui devaient le peupler. Peur d’un monde inconnu où l’âme pénètre après sa mort. Un monde avec ses dangers, ses pièges et ses épreuves, impossibles à affronter sans en avoir une connaissance ésotérique précise ainsi que celle des formules magiques permettant de se concilier ses forces ou de les contrôler. 

C’est le témoignage royal d’une façon d’appréhender l’au-delà répandue à l’époque sur toute la planète et qui a tendance à refaire surface depuis environ 150 ans dans l’occultisme et l’ésotérisme. 

En contre point, on se rend compte de la dimension spirituelle de la libération d’Egypte. Ce n’est pas seulement la libération sociale d’un peuple voué à l’esclavage et à la mort, mais aussi sa libération spirituelle. Dans sa sortie d’Egypte, Dieu se révèle tout autre : proche des hommes. Il voit leurs souffrances et intervient en leur faveur. Il n’y a pas besoin de se le concilier. Il est déjà pour nous. Malgré la magnificence de la civilisation égyptienne antique cette expérience va créer la base d’une civilisation supérieure, car l’homme se comporte d’après ce qu’il sait ou croit savoir. L’histoire est en marche.

Nous allons vers Pâques et nous célébrerons à nouveau la résurrection du Christ et la libération du péché et de la mort, préfigurées par la sortie d’Egypte. Tenons toujours plus fermement à la Révélation pour que les libérations du mal dont notre monde à besoin se produisent.

Père Jean-Pierre Durand

Saint André Bessette, un ami de saint Joseph

Le 19 mars, nous célébrerons la fête de saint Joseph, époux de Marie. C’est le moment d’honorer notre saint patron ! A cette occasion deux messes solennelles et une veillée de prière ponctueront la journée. Il s’agit d’un grand événement pour notre église car de nombreux pèlerins viendront spécialement ce jour-là. Durant la soirée, il sera proposé pour la première fois la démarche de recevoir sur le front une onction d’huile, une huile qui provient du plus grand sanctuaire consacré à lui du monde à Montréal au Canada et qui y brûle devant la statue du saint. Cette initiative vient de saint André Bessette (1845-1937). J’ai fait la découverte de ce saint, fidèle ami de saint Joseph, il y a peu et j’avoue qu’il mériterait d’être bien plus connu. C’est vrai qu’il a été canonisé récemment, en 2010, par Benoit XVI.

Il est considéré comme l’homme religieux le plus célèbre du Québec. C’est une magnifique figure de sainteté car l’œuvre de Dieu y éclate pour la simple raison qu’il était dépourvu de talent humain. Petit de taille, malade chronique, illettré, de nature simple, n’étant à l’aise dans aucun travail, il a connu jeune l’épreuve de la mort de ses parents. Mais, le Seigneur l’a choisi pour faire fructifier ses dons et le montrer au monde. Adolescent et adulte, il tente d’exercer divers métiers sans jamais réussir à trouver sa voie.

Finalement, à 25 ans, il entre dans la congrégation de Sainte-Croix. Ses supérieurs le chargent d’une petite tache, celle de portier d’un collège, qu’il gardera très longtemps. Il en fera une plaisanterie, en disant  qu’à son entrée en communauté on lui a « montré la porte » et qu’il l’a gardée durant presque 40 ans. C’est l’homme à tout faire du collège. Très tôt, dévoré par la prière, il manifeste des dons de thaumaturge par l’intersession de saint Joseph et bientôt la foule viendra le voir à la porte du collège pour obtenir des guérisons qui seront très nombreuses tout au long de sa vie. Il décide de lancer la construction d’une immense basilique dédiée à saint Joseph qui sera érigée avec l’arrivée nombreuse de dons.

A sa mort, à 91 ans, ayant rayonné dans tout le continent américain, 1 million de personnes viendra défiler pendant une semaine pour un dernier hommage à cette figure discrète. Il manifestait une charité sans borne et s’efforçait de soulager les détresses de ceux qui venaient se confier à lui. Il exhortait ainsi : « Ne cherchez pas à vous faire enlever les épreuves, demandez plutôt la grâce de bien les supporter ». Un bon conseil à suivre en ce temps du Carême.

Père Jocelyn PETITFILS

Carême : le temps de la taille

Généralement, nous voyons sans joie venir le temps du carême. Cependant, « tout arbre bon donne de bons fruits, tandis que l’arbre mauvais donne de mauvais fruits » (Mt 7, 17). Plutôt que de s’obnubiler sur les fruits à porter, le carême porte notre attention sur l’arbre que nous sommes. C’est le moment de l’entretenir, si nous voulons une bonne récolte.

Or un arbre fruitier, il faut le tailler. On peut imaginer l’appréhension de l’arbre qui voit approcher le sécateur. Mais lorsqu’il sait (ce qui est notre cas) tout le bénéfice qu’il en retirera, il s’y prête volontiers.

La première chose à faire, dans la taille de l’arbre fruitier, c’est de couper le bois mort. Toutes ces branches et brindilles dans lesquelles la sève ne circule plus. Sans parler des branches malades qui risquent de contaminer l’arbre entier. La santé de votre arbre n’en sera que meilleure. Vous m’avez compris, il y a dans nos vies des choses qui ne servent à rien. Les heures passées à faire une réussite ou à regarder la télé… Elles ne sont pas mauvaises en soi. Elles sont improductives. Si elles se multipliaient, elles nous détourneraient totalement de l’essentiel. N’est-ce pas le moment d’utiliser le sécateur pour qu’elles reviennent à de plus justes proportions ? Quant aux activités qui nous font flirter avec les tentations, les péchés plus ou moins graves dans lesquels on glisse si facilement, elles pourraient compromettre tout l’arbre si nous n’y prenions garde. Quelques bons coups de sécateurs à base de bonnes résolutions pourraient être vraiment nécessaires. Ce sera tout l’effort du jeûne.

Deuxièmement, pour tailler un arbre fruitier, consiste à orienter. Inutile de laisser partir les branches verticalement, la sève les irriguant plus difficilement, elles porteront moins de fruits. Pour porter du fruit, il y a tellement de choses bonnes ou intéressantes à faire qu’il faut abandonner car ce n’est tout simplement pas là que Dieu nous attend réellement. Ce seront nos efforts pour nous recentrer sur l’essentiel : aimer son prochain (faire son devoir d’état, partager, prendre soin des autres…) et aimer Dieu lui-même (la prière, les sacrements, la lecture de la Parole de Dieu…).

Sans oublier enfin : favoriser les bourgeons qui naissent. Ces dons spéciaux que Dieu désire pour chacun de nous et qu’il cultive lui-même. Dans ce temps de carême, sachons aussi nous laisser faire par le Cultivateur.

Père Jean-Pierre Durand