Archives de catégorie : Editoriaux

« De quoi discutez-vous en marchant ? »

Il y trois ans, sur ce trottoir du boulevard de la Villette, un homme mourait poignardé et l’actualité continue à égrener les tristes événements de notre monde. La première parole que Saint Luc nous rapporte du Christ ressuscité peut paraître anodine : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Il s’adressait aux disciples qui s’en allaient à Emmaüs le soir de Pâques. Et tout l’effort de Jésus va consister à leur faire interpréter les événements à la lumière d’un autre niveau de la réalité : le Christ est vivant !

En ce début de temps pascal, il nous faut très certainement faire nous aussi l’effort d’intégrer cette réalité dans nos points de vue. Tout doit être repensé en fonction de cet événement. Notre vie personnelle, familiale, sociale et politique, professionnelle, ecclésiale… Le Christ ressuscité illumine tous les aspects de la vie humaine. La perspective change, les événements prennent une autre signification. Les pièces du puzzle se rassemblent.

Saint Jean de la Croix (1542 – 1591) doit avoir 4 ans lorsqu’il tombe dans une marre où il y jetait des bâtons. Il touche le fond recouvert de vase et, lorsqu’il parvient à remonter à la surface, il voit une « belle dame » qui lui tend la main. Pour lui, c’est la Vierge Marie et il refuse de prendre sa main pour ne pas la salir. C’est un paysan qui, passant par là, le retirera de l’eau avec son aiguillon.

De ce monde de la résurrection, au-delà et tout proche de nous, le Christ nous tend la main. Saint Jean de la Croix, enfant, comprend instinctivement son indignité et Dieu lui ouvrira petit à petit les chemins de la sanctification. Effectivement, parvenir à vivre du Christ ressuscité nécessite de passer par la porte étroite. Ce sont les sacrements qui tiennent tous leur vigueur du Christ ressuscité qui doivent imprimer en nous le Christ. Redresser la tête et « vivre d’en-haut » comme le dira Saint Paul commence ainsi par là : recevoir les sacrements de Pâques.

Père Jean-Pierre Durand

Aimer la Croix du Christ

Début février, les médias ont recensé plusieurs profanations d’églises en France. A Nîmes, des délinquants ont dessiné une croix avec des excréments sur un mur, un tabernacle a été cassé et des hosties consacrées dispersées sur le sol. Dans le Tarn, un jeune a tordu le bras d’un Christ en croix pour lui faire un « DAB », un geste hip hop. Ce n’est malheureusement pas des faits rares. En France, en moyenne, on recense deux attaques d’églises par jour. Le Christ continue de souffrir encore aujourd’hui. On le constate depuis 2000 ans : beaucoup d’hommes ne peuvent supporter la croix de Jésus. Les témoins de Jéhovah affirment que Jésus – qui pour eux, n’est pas Dieu – n’est pas mort sur une croix mais sur un poteau. Dans les pays islamiques, la Croix-Rouge est obligée de repeindre ses ambulances pour cacher la croix. A Paris, des citoyens musulmans avaient demandé à M. Delanoë qu’on supprime les croix vertes des pharmacies. Le Coran n’a gardé que deux articles du credo chrétien : Jésus est bien né de la Vierge Marie et c’est lui qui viendra juger les vivants et les morts. Mais il y est dit que Jésus a été enlevé au Ciel juste avant qu’un autre ne soit crucifié à sa place, soit Simon de Cyrène, soit Judas.

Or, bien qu’étant Dieu, Jésus a bien souffert dans sa chair, a été moqué, accusé à tort, passé à tabac, flagellé, giflé, couvert de crachats, et est bien mort sur une croix. La Semaine sainte est l’occasion privilégiée pour méditer sur ce mystère inouï. Les rues de Paris vont voir défiler les chemins de croix paroissiaux.

Vivre un chemin de croix est toujours une expérience libérante. En effet, communier aux souffrances du Christ nous permet de sentir que nous ne vivons jamais seuls nos souffrances quotidiennes. Oui, Jésus n’est pas indifférent à nos misères. Il est parfaitement compatissant. Et il le prouve par sa croix. Le secret de sa gloire se trouve dans son abaissement : « il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix » (Ph 2,8). Contempler l’abaissement de l’Innocent suscite en nous la pitié pour Dieu et l’accueil de son amour absolu pour nous. Il guérit notre désobéissance. Voilà jusqu’où va la folie de l’amour de Dieu, voilà jusqu’où est capable celui qui est la source de notre vie et l’origine de notre résurrection. « La doctrine de la croix est une folie pour ceux qui périssent ; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est force divine »  (1 Corinthiens 1,17). Sûr de cette vérité, comment alors rejeter le trésor de notre salut, comment éviter ce spectacle régénérant ?

 

Père Jocelyn PETITFILS

Toutankhamon ou la peur des dieux

Le tombeau de Toutânkhamon attire les foules à la grande halle de la porte de Pantin. L’exposition est magnifique. Les objets exposés sont dignes d’un roi et dans un état de conservation stupéfiant.

Ces objets funéraires révèlent la spiritualité égyptienne telle qu’elle existait il y a 3300 ans, alors que les hébreux habitaient le pays, peu de temps avant Moïse. Ils nous font percevoir le milieu d’où le Seigneur les a libérés. 

Ils révèlent une peur : celle de l’au-delà et des dieux qui devaient le peupler. Peur d’un monde inconnu où l’âme pénètre après sa mort. Un monde avec ses dangers, ses pièges et ses épreuves, impossibles à affronter sans en avoir une connaissance ésotérique précise ainsi que celle des formules magiques permettant de se concilier ses forces ou de les contrôler. 

C’est le témoignage royal d’une façon d’appréhender l’au-delà répandue à l’époque sur toute la planète et qui a tendance à refaire surface depuis environ 150 ans dans l’occultisme et l’ésotérisme. 

En contre point, on se rend compte de la dimension spirituelle de la libération d’Egypte. Ce n’est pas seulement la libération sociale d’un peuple voué à l’esclavage et à la mort, mais aussi sa libération spirituelle. Dans sa sortie d’Egypte, Dieu se révèle tout autre : proche des hommes. Il voit leurs souffrances et intervient en leur faveur. Il n’y a pas besoin de se le concilier. Il est déjà pour nous. Malgré la magnificence de la civilisation égyptienne antique cette expérience va créer la base d’une civilisation supérieure, car l’homme se comporte d’après ce qu’il sait ou croit savoir. L’histoire est en marche.

Nous allons vers Pâques et nous célébrerons à nouveau la résurrection du Christ et la libération du péché et de la mort, préfigurées par la sortie d’Egypte. Tenons toujours plus fermement à la Révélation pour que les libérations du mal dont notre monde à besoin se produisent.

Père Jean-Pierre Durand

Saint André Bessette, un ami de saint Joseph

Le 19 mars, nous célébrerons la fête de saint Joseph, époux de Marie. C’est le moment d’honorer notre saint patron ! A cette occasion deux messes solennelles et une veillée de prière ponctueront la journée. Il s’agit d’un grand événement pour notre église car de nombreux pèlerins viendront spécialement ce jour-là. Durant la soirée, il sera proposé pour la première fois la démarche de recevoir sur le front une onction d’huile, une huile qui provient du plus grand sanctuaire consacré à lui du monde à Montréal au Canada et qui y brûle devant la statue du saint. Cette initiative vient de saint André Bessette (1845-1937). J’ai fait la découverte de ce saint, fidèle ami de saint Joseph, il y a peu et j’avoue qu’il mériterait d’être bien plus connu. C’est vrai qu’il a été canonisé récemment, en 2010, par Benoit XVI.

Il est considéré comme l’homme religieux le plus célèbre du Québec. C’est une magnifique figure de sainteté car l’œuvre de Dieu y éclate pour la simple raison qu’il était dépourvu de talent humain. Petit de taille, malade chronique, illettré, de nature simple, n’étant à l’aise dans aucun travail, il a connu jeune l’épreuve de la mort de ses parents. Mais, le Seigneur l’a choisi pour faire fructifier ses dons et le montrer au monde. Adolescent et adulte, il tente d’exercer divers métiers sans jamais réussir à trouver sa voie.

Finalement, à 25 ans, il entre dans la congrégation de Sainte-Croix. Ses supérieurs le chargent d’une petite tache, celle de portier d’un collège, qu’il gardera très longtemps. Il en fera une plaisanterie, en disant  qu’à son entrée en communauté on lui a « montré la porte » et qu’il l’a gardée durant presque 40 ans. C’est l’homme à tout faire du collège. Très tôt, dévoré par la prière, il manifeste des dons de thaumaturge par l’intersession de saint Joseph et bientôt la foule viendra le voir à la porte du collège pour obtenir des guérisons qui seront très nombreuses tout au long de sa vie. Il décide de lancer la construction d’une immense basilique dédiée à saint Joseph qui sera érigée avec l’arrivée nombreuse de dons.

A sa mort, à 91 ans, ayant rayonné dans tout le continent américain, 1 million de personnes viendra défiler pendant une semaine pour un dernier hommage à cette figure discrète. Il manifestait une charité sans borne et s’efforçait de soulager les détresses de ceux qui venaient se confier à lui. Il exhortait ainsi : « Ne cherchez pas à vous faire enlever les épreuves, demandez plutôt la grâce de bien les supporter ». Un bon conseil à suivre en ce temps du Carême.

Père Jocelyn PETITFILS

Carême : le temps de la taille

Généralement, nous voyons sans joie venir le temps du carême. Cependant, « tout arbre bon donne de bons fruits, tandis que l’arbre mauvais donne de mauvais fruits » (Mt 7, 17). Plutôt que de s’obnubiler sur les fruits à porter, le carême porte notre attention sur l’arbre que nous sommes. C’est le moment de l’entretenir, si nous voulons une bonne récolte.

Or un arbre fruitier, il faut le tailler. On peut imaginer l’appréhension de l’arbre qui voit approcher le sécateur. Mais lorsqu’il sait (ce qui est notre cas) tout le bénéfice qu’il en retirera, il s’y prête volontiers.

La première chose à faire, dans la taille de l’arbre fruitier, c’est de couper le bois mort. Toutes ces branches et brindilles dans lesquelles la sève ne circule plus. Sans parler des branches malades qui risquent de contaminer l’arbre entier. La santé de votre arbre n’en sera que meilleure. Vous m’avez compris, il y a dans nos vies des choses qui ne servent à rien. Les heures passées à faire une réussite ou à regarder la télé… Elles ne sont pas mauvaises en soi. Elles sont improductives. Si elles se multipliaient, elles nous détourneraient totalement de l’essentiel. N’est-ce pas le moment d’utiliser le sécateur pour qu’elles reviennent à de plus justes proportions ? Quant aux activités qui nous font flirter avec les tentations, les péchés plus ou moins graves dans lesquels on glisse si facilement, elles pourraient compromettre tout l’arbre si nous n’y prenions garde. Quelques bons coups de sécateurs à base de bonnes résolutions pourraient être vraiment nécessaires. Ce sera tout l’effort du jeûne.

Deuxièmement, pour tailler un arbre fruitier, consiste à orienter. Inutile de laisser partir les branches verticalement, la sève les irriguant plus difficilement, elles porteront moins de fruits. Pour porter du fruit, il y a tellement de choses bonnes ou intéressantes à faire qu’il faut abandonner car ce n’est tout simplement pas là que Dieu nous attend réellement. Ce seront nos efforts pour nous recentrer sur l’essentiel : aimer son prochain (faire son devoir d’état, partager, prendre soin des autres…) et aimer Dieu lui-même (la prière, les sacrements, la lecture de la Parole de Dieu…).

Sans oublier enfin : favoriser les bourgeons qui naissent. Ces dons spéciaux que Dieu désire pour chacun de nous et qu’il cultive lui-même. Dans ce temps de carême, sachons aussi nous laisser faire par le Cultivateur.

Père Jean-Pierre Durand

Bon comme le Seigneur est bon

On voyait à la TV il y a quelques temps une brave dame qui en était venue à promener son chien dans son quartier en se munissant d’un pistolet à grenaille. Après tout, elle a bien le droit de se défendre. On vit dans un monde violent, peut être pas plus qu’à une autre époque, mais le fait est qu’il est violent.  À trop regarder cette violence, ne le devenons-nous pas nous-mêmes ?

Les paroles du Seigneur des deux prochains dimanches nous prennent à contre-pied : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » ; « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous ». Comment les comprendre ? Comment les mettre en pratique ?

Une figure, entre autres, nous montre le chemin : Charle de Foucauld (assassiné le 1er déc. 1916).

Mgr Maurice Bouvier, postulateur de sa cause de canonisation :

Le contact que Charles de Foucauld désire avoir en permanence avec Celui qui est son « Modèle Unique », son Frère bien-aimé dont il veut être le « petit frère » [Jésus], se réalise de façon privilégiée par son amour de l’Evangile et de l’Eucharistie. Il a passé de longs moments à lire et à méditer l’Evangile où il retrouve les paroles et les exemples de Jésus qu’il veut imiter et suivre par amour, et il conseille à ses amis de mettre dans leur vie ces moments d’intimité avec le Seigneur : « Il faut tâcher de vous imprégner de l’esprit de Jésus en lisant et relisant, méditant et reméditant sans cesse ses paroles et ses exemples : qu’ils fassent dans nos âmes comme la goutte d’eau qui tombe et retombe sur une dalle toujours à la même place… ». Il a aussi passé de longs moments devant le Saint Sacrement où sa foi lui dit que Jésus est présent avec toute sa puissance de salut pour le monde. Ainsi Charles de Jésus a-t-il été fidèle à ces « deux tables » où, selon la foi de l’Eglise, Jésus continue sa présence au milieu des siens « tous les jours jusqu’à la fin des temps ».

Père Jean-Pierre Durand

Viva la vie consacrée !

Si on demande à un enfant : « qu’est-ce que l’on fête à la Chandeleur ? », la réponse qui suivra immédiatement sera : « On fête les crêpes ! » En fait, au-delà de la tradition populaire, il s’agit de la fête de la Présentation de l’Enfant-Jésus au Temple 40 jours par ses parents après sa naissance, donc le 2 février. Marie et Joseph respectèrent la prescription juive qui demandait que « tout premier-né mâle soit consacré au Seigneur » (Ex 13,2.11-13). C’est ce jour-là qu’un vieillard, Syméon, poussé par l’Esprit Saint, prophétisa que cet enfant était le salut, la lumière des nations et la gloire pour Israël (Lc 2,30-32). La fête s’appelle la chandeleur parce qu’on y bénit et allume les chandelles lors de la messe pour se rappeler que Jésus est bien notre lumière, « la lumière qui brille dans les ténèbres et que les ténèbres n’ont pas saisi » (Jean 1,5).

Jean-Paul II en 1997 décida d’instaurer le même jour une fête pour les personnes consacrées à Dieu : prêtres, religieux, religieuses, vierges et frères consacrés. Ces personnes ont tellement été bouleversées par la personne du Christ qu’elles ont décidé de l’imiter dans le don de lui-même pour répandre dans le monde son salut. Comme il s’est  livré par amour de Dieu son Père et des hommes jusqu’à l’offrande suprême de la Croix, elles veulent se donner à Lui et tout abonner pour marcher à sa suite. Nous pouvons à cette occasion faire mémoire de toutes les personnes consacrées qui, au cours de notre existence, nous ont montré le chemin de Dieu et sa beauté. On ne mesure pas la richesse de la ville de Paris qui regorge de personnes consacrées à Dieu. Rien que sur le territoire de la paroisse St Joseph, quatre communautés religieuses y résident : les Servantes des pauvres d’Angers qui comptent 10 sœurs qui prient et servent les personnes malades ou fragiles à domicile ou dans leur dispensaire sur le quai Valmy ; les Sœurs de Jésus-Marie qui s’occupent d’un foyer de jeunes étudiantes rue Parodi ; les sœurs de la communauté de Saint-Jean qui prient et servent le Seigneur dans leur travail séculier ; les sœurs de la communauté Aïn Karem qui animent la paroisse Ste Claire d’Assise (Paris XIXè).

Rendons grâce à Dieu pour ces vies données pour apporter au monde la lumière du Christ !

Jésus change l’eau en vin

A Cana, Jésus accomplit le premier des signes par lesquels il sera reconnu comme le Messie.

D’anciennes traditions juives, qui avaient cours au temps de Jésus, disaient que Dieu, à la suite de la création du monde en 6 jours, avait gardé en réserve du vin pour le jour de la venue du Messie. Ce jour où, après avoir tout créé, il faut que Dieu vienne tout sauver, tout sanctifier, tout vivifier de sa vie. Opérer ce saut qui permet non plus simplement de vivre, voire de survivre, mais de vivre pleinement. Passer de l’hiver au printemps : une vie nouvelle. En changeant l’eau en vin, à Cana, Jésus affirme que ces temps nouveaux sont arrivés.

« Aujourd’hui, affirme le Christ, ce passage de l’Ecriture s’accomplit ». Dieu ouvre une porte. En commençant une nouvelle année, avec l’évangile de Saint Luc, nous voulons passer cette porte, pour que d’année en année, en mettant en oeuvre l’évangile, le Seigneur nous fasse passer les portes successives jusqu’à l’irruption de ce vin dans nos vies. Comme un approfondissement, en notre coeur, vers ce lieu le plus profond de notre âme où Dieu habite, mais dont l’accès est encombré de tant d’obstacles. Lieu où coule le fleuve d’eau vive, l’Esprit Saint, qui ne demande qu’à jaillir pour tout irriguer, mais qu’il faut désencombrer pour qu’il accède à la surface et irrigue toujours davantage notre vie.

L’Évangile s’ouvre devant nous, en cette nouvelle année, comme une invitation supplémentaire à avancer avec Jésus. Par sa Parole, la sagesse éternelle nous interpelle sur la seule et unique question : l’Esprit Saint anime-t-il notre vie ? L’eau est-elle changée en vin pour nous ? Dans quelle mesure ? Le Seigneur creuse notre soif en même temps qu’il ouvre, par sa Parole, les sources de la vie. Puissions-nous nous mettre à son écoute pour la mettre en pratique.

Père Jean-Pierre Durand

Messire, une nouvelle année de grâce !

Jadis, une heureuse coutume existait en France : faire précéder le numéro de l’année par l’expression « l’an de grâce » comme on entend par exemple au début du fameux film Les visiteurs avec Jacquouille la Fripouille. D’où vient cette expression ? Pourquoi elle n’est plus utilisée ?

Cette expression aurait été utilisée dans les documents officiels dans un sens précis sur une courte période de notre Histoire nationale : entre 1300 environ et 1569. Durant cette époque, la date de début d’année n’était pas encore fixée au 1er janvier mais variait en fonction des régions de France. Soit elle commençait le 25 décembre, jour de la Nativité de Jésus, alors elle prenait le nom d’ « an de grâce ». Soit elle commençait le 1er janvier comme l’avait ordonné le Pape Libère depuis l’an 352, reprenant la décision de Jules César de 46 avant Jésus-Christ selon son calendrier « julien ». Soit enfin, elle commençait le 25 mars, jour de l’Annonciation de Marie par l’Ange Gabriel qu’elle enfanterait le Sauveur, alors elle prenait le nom d’ « an de l’Incarnation » puisqu’il s’agissait de la fête de l’incarnation de Jésus dans le sein de Marie. Il fallut attendre une décision du roi Charles IX de 1569 pour que l’édit du Pape Libère soit finalement respecté et étendu à tout le Royaume de France.

Cette belle expression d’ « année de grâce » est tombée peu à peu en désuétude dans les documents officiels à partir de 1569. Pourtant, elle aurait mérité de subsister tant il est vrai que chaque année que fait le Bon Dieu est une année de grâce. Dieu nous donne une année de plus à vivre et c’est une déjà une joie immense ! Nous pouvons aussi lui rendre grâce pour la nouvelle année pour tout ce qu’il va nous donner comme signes de son amour. Bien sûr, il y aura des épreuves à vivre, des passages difficiles. Mais le simple fait de nous savoir aimés par Lui alors que nous ne le méritons pas, étant pécheurs, devrait nous combler de paix chaque jour.

Par conséquent, si vous me permettez, je souhaite que l’an de grâce 2019 porte bien son nom pour vous et vos proches !

Père Jocelyn Petitfils

Joyeux Noël, gilets jaunes

Par des manifestations de grande ampleur, les gilets jaunes ont rappelé à l’ensemble des Français que la pauvreté gagne de nouveaux terrains. Des personnes qui autrefois gagnaient correctement leur vie ne parviennent plus à terminer leur fin de mois. Ce ne sont plus seulement des personnes immigrées, comme dans les années 70, ou des chômeurs, au tournant du siècle (la « fracture sociale »), mais des travailleurs ou des retraités qui sont pauvres aujourd’hui. Cette paupérisation vous atteint peut être également. Et en ces fêtes de fin d’année, la surenchère des vitrines et des cadeaux fait alors durement éprouver le manque de pouvoir d’achat.

Le signe du Fils de Dieu dans la crèche indique un trésor caché. Il vient comme un pauvre, pour nous rencontrer, nous, les pauvres et devenir notre richesse. Richesse de celui qui se sait aimé de Dieu et entouré de ses frères. Richesse de celui qui goûte l’amour tout simple de sa famille. Richesse de la plénitude de ceux dont les nuages de cotillons ne masquent pas le vide intérieur.

Les moines et les moniales, prophètes du Seigneur pour notre monde, tracent un chemin où la sobriété côtoie la lumière. D’autant plus près du Seigneur qu’ils sont plus loin de l’accessoire. Ils savent rejoindre l’essentiel et en vivre. Dans le dépouillement et la paix de la crèche de Bethléem, apparaît, sans fard ni apparat, notre Vie.

« En lui, dans son propre corps, habite toute la plénitude de la divinité. En lui, vous êtes pleinement comblés » (Colossiens 2,9-10).

Joyeux Noël à chacun !

Père Jean-Pierre Durand