Archives de catégorie : Editoriaux

La semaine sainte

Nous entrons dans la Semaine Sainte, source de toutes les grâces que le Seigneur confère aux hommes par le mystère de sa mort et de sa résurrection. Libération du péché et de la mort, don de la sainteté, de la vie éternelle, d’une vie nouvelle dans la foi, l’espérance et la charité.

Au cours de cette semaine seront ainsi institués les sacrements de l’eucharistie et de l’ordre,  consacrées les huiles saintes pour les sacrements des malades, du baptême, de la confirmation. Signes de la grâce divine source de Vie, de force, de guérison, et qui consacre des hommes par lesquels le Christ gouverne toujours son Église. Les sacrements, comme autant de canaux par lesquels chacun peut accéder à la vie nouvelle, extraordinaire invention divine pour que la vie nouvelle de Pâque atteigne chaque homme.

La semaine Sainte ouvre sur le temps pascal où le Seigneur ressuscité enseigne ses disciples sur le mystère insondable du salut. Il leur apprend à attendre l’Esprit Saint. C’est ce à quoi nous convions chacun de vous par le parcours de préparation à la prière de demande de l’effusion de l’Esprit.

Si les sacrements sont les canaux par lesquels nous recevons la grâce divine, nous endiguons malheureusement continuellement cette grâce, ce torrent débordant, au point qu’il ne coule plus en nous que comme un mince filet d’eau. Les carcans de nos habitudes, de nos craintes, de nos doutes et de nos égoïsmes emprisonnent l’enfant de Dieu que nous sommes. Il nous faut réapprendre à vivre sous la mouvance de l’Esprit Saint, nous abandonner à lui, et surtout retrouver le désir de cette vie nouvelle. Il nous faut recevoir de Dieu la grâce d’une deuxième conversion. Qu’il daigne ébranler nos comportements enquistés  par le souffle puissant de son Esprit.

C’est ce en quoi consiste, en peu de mots, la demande d’effusion de l’Esprit. Elle est d’une importance capitale pour nous-mêmes, nos familles et notre paroisse, pour que l’œuvre de Dieu s’accomplisse à travers nous.

Père Jean-Pierre Durand

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Heureux les fragiles !

Alors que nous vivons l’événement des dernières semaines de la campagne de l’élection du Président de la République française, la liturgie nous oriente vers un événement d’une autre ampleur qui est la grande célébration de Pâques. Au terme du Carême, nous allons faire mémoire de la libération à laquelle toute personne aspire au plus profond d’elle-même quand elle a gardé sa conscience : la libération de ses péchés.

En préparation de la grâce de Pâques, l’évangile de ce dimanche 26 mars nous raconte une libération emblématique de Jésus : un aveugle de naissance retrouve la vue.

Il est l’occasion de nous mettre à la place de personnes vivants une exclusion sociale. Le handicap, malheureusement, est un motif d’exclusion sociale. Trop souvent, la personne porteuse d’un handicap est regardée à partir de son seul handicap. En plus de la souffrance du handicap, son expérience quotidienne est rythmée par la peur, la pitié et la solitude. Pourtant, mystérieusement, ceux qui ont le privilège d’entrer en familiarité avec elle (c’est ce que j’ai vécu aux dernières JMJ en accompagnant un groupe avec ces personnes) découvrent le plus souvent dans cette relation une richesse insoupçonnée, transformatrice, une invitation à devenir plus humains ensemble. C’est ce que font vivre en image deux films remarqués sortis en février : Et les mistrals gagnants et Patients.

Philippe De LACHAPELLE, directeur de l’Office chrétien des personnes handicapées, explique ce mystère. « La personne handicapée nous aide en effet à nous réconcilier avec la part fragile de chacun de nous. Etre soi-même en vérité, sans crainte du jugement des autres, est un chemin de liberté. Elle révèle que notre pleine dignité est dans notre être même, pas dans nos pouvoirs, nos richesses, nos apparences ».

Le Christ vient libérer l’aveugle-né de sa cécité pour que l’on rende gloire à Dieu. En final, il associe le fait d’être aveugle avec le fait d’être pur de tout péché : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais du moment que vous dites « nous voyons », votre péché demeure » (Jn 9,41). Reconnaissons donc que nos fragilités ne sont pas des obstacles à notre liberté. Si elles sont intégrées, elles nous aident à vivre l’humilité, vertu primordiale pour recevoir la libération de nos péchés et donc le bonheur.

Père Jocelyn PETITFILS

Saint Joseph, époux de Marie

Sur notre chemin de carême, nous reprenons souffle avec la fête paroissiale, le 19 mars, où nous fêterons notre saint patron, Saint Joseph, sous le vocable « Époux de Marie ».

Le carême, temps de conversion et de pénitence, est éprouvant. Nous y faisons l’expérience de nos limites et de nos faiblesses. À combien plus forte raison Saint Joseph a-t-il expérimenté sa pauvreté, lui dont la nécessité de se convertir était d’autant plus grande que le Saint vivait chez lui, et que les forces du mal se déchainaient contre la sainte famille, entrainant sa fuite en Égypte. Saint Joseph, époux de Marie, fait d’abord l’expérience de sa pauvreté et nous rejoint dans notre carême.

Si le carême est parfois un désert, ce n’est que pour creuser notre soif spirituelle. C’est le but que le Seigneur y poursuit car il n’a qu’un seul désir : faire jaillir en nous la source d’eau vive qui jaillit en vie éternelle, dit-il à la Samaritaine : l’Esprit Saint. Et comment boire si l’on n’a pas soif ? Comment le don de Dieu peut-il être reçu sans être désiré ? Nous ne marchons pas seulement vers Pâques. Nous marchons vers la Pentecôte, l’achèvement du salut par le don du Saint Esprit.

Comment Saint Joseph, en vivant avec Marie « pleine de grâce », pouvait-il ignorer cette soif ? Il a sous les yeux l’achèvement du salut déjà réalisé en Marie, elle que l’Esprit a couvert de son ombre. Son désir, sa soif de Le recevoir à son tour s’agrandissent, le propulsant vers la sainteté. Ses difficultés et ses faiblesses, à la suite du Christ, vécues dans cette vie conjugale où Marie révèle la vie de la grâce divine, ne font que creuser son désir.

De même que le Seigneur a répondu au désir de Joseph, ne doutons pas qu’il y répondra aussi pour nous. Le Seigneur ne nous appauvrit, dans le carême, que pour pouvoir ensuite nous combler. C’est notre espérance, si nous savons convertir nos échecs et nos chutes en désir du Don de Dieu.

 

Père Jean-Pierre DURAND

Catastrophe, c’est le carême

Voici une bande-dessinée du lapin bleu de Coolus qui aide avec humour à entrer dans le Carême.

lapin

lapin-1lapin-3lapin-4lapin-5lapin-6lapin-7Bref, le Carême ne doit pas nous effrayer par les privations à vivre. C’est une opportunité pour vivre ensemble une proximité plus forte avec le Bon Dieu. Mais le Carême ne consiste pas à s’auto-glorifier des efforts que l’on peut faire ni à faire la leçon aux autres pendant 40 jours. Le but est de revenir à Dieu de tout son cœur, certes avec l’aide de petits efforts indispensables mais des efforts gratuits vécus dans l’amour pour la seule louange de Dieu et non la nôtre. Je vous invite à offrir les efforts que vous ferez pour telle ou telle personne, pour telle ou telle intention. En effet, vivre l’ascèse sans l’amour ne sert à rien, sinon à grandir dans l’orgueil spirituel. Dès le mercredi des Cendres, vivons un beau et un profond carême mais sous le regard miséricordieux de Dieu !

Père Jocelyn PETITFILS

Le Cœur de Jésus

Au cours de ces deux prochains dimanches, le Seigneur nous enseigne l’exigence de la nouvelle Alliance. Il va plus loin que la Loi de Moïse. Il scrute nos comportements jusqu’à vouloir arracher de notre cœur la racine du péché : l’emportement qui nous fait proférer une parole blessante, la concupiscence qui nous fera désirer une femme, la rancune et tout esprit de vengeance, il nous demande d’aimer nos ennemis… Il nous désinstalle de nos certitudes d’être déjà arrivés. Nous sommes profondément pécheurs. Même si nous sommes dans une honnête moyenne, nous ne sommes pas saints. Le mot est lâché. Jésus nous appelle à la sainteté car Dieu est saint. C’est son Cœur qu’il veut nous donner : sa bonté, sa douceur, son humilité, sa justice… La figure du Père Charles de Foucauld en est un exemple extraordinaire. Quel changement avant et après sa conversion ! Du fier lieutenant dont le manque de moralité faisait la honte de son colonel jusqu’à l’ermite de Tamanrasset.

 

La victoire à laquelle Dieu nous appelle est celle du Christ dans nos cœurs. Loin du vedettariat, de l’efficacité, du pharisaïsme ou des effets de mode.

 

Père Jean-Pierre Durand

Retrouver le sens du politique

Le 13 octobre dernier, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a publié un texte adressé aux Français intitulé « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Voici quelques extraits qui peuvent nous aider à éclairer de manière chrétienne un sujet d’actualité majeur en cette période électorale.

« Aujourd’hui, (…) plus que jamais, nous sentons que le vivre ensemble est fragilisé, fracturé, attaqué. Ce qui fonde la vie en société est remis en cause. Les notions traditionnelles et fondamentales de Nation, Patrie, République sont bousculées et ne représentent plus la même chose pour tous. Alors même que l’aspiration au débat est forte, il semble devenu de plus en plus difficile de se parler, les sensibilités sont exacerbées, et la violence, sous une forme ou sous une autre, n’est jamais très loin. (…)

Le constat n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, la politique dans notre pays ne cesse de voir son discrédit grandir, provoquant au mieux du désintérêt, au pire de la colère. Le temps qui passe voit le fossé se creuser entre les citoyens et leurs représentants et gouvernants. (…)

Si la politique au sens d’un fonctionnement et d’une pratique connaît un grave malaise aujourd’hui, c’est que quelque chose d’essentiel s’est perdu ou perverti. Et cela n’est pas de la seule responsabilité de la classe politique. Notre société, et plus largement toute vie en commun, ne peut pourtant pas se passer du politique. Le politique précède la politique, il ne se résume pas à sa mise en application. Il affirme l’existence d’un « nous » qui dépasse les particularités, il définit les conditions de la vie en société, tandis que la politique désigne les activités, les stratégies et les procédures concrètes qui touchent à l’exercice du pouvoir. (…) Ce qui doit fonder l’exercice de ce pouvoir c’est le politique, la recherche du bien commun et de l’intérêt général qui doit trouver son fondement dans un véritable débat sur des valeurs et des orientations partagées.

Notre société française connaît une grave crise de sens. Or le politique ne peut échapper à cette question du sens, et doit se situer à ce niveau. (…) En fait, pour aller plus loin, la seule question qui mérite d’être posée n’est-elle pas : qu’est-ce qui fait qu’une vie mérite d’être donnée aujourd’hui ? Pour quoi suis-je prêt à donner ma vie aujourd’hui ? La réponse est sans doute très personnelle et intime, mais elle dit quelque chose d’une vie avec les autres et des valeurs qui animent une société. A cet égard, il est toujours bon de regarder la place qu’une société accorde aux plus faibles, aux plus fragiles en son sein, pour savoir si elle est en bonne santé, ce qui la fait tenir dans ses fondements. Ce sont toujours eux en effet qui nous aident à retrouver l’essentiel et le sens de l’homme que toute société doit protéger ».

En tous les cas, rappelons-nous qu’ « en aucun cas on ne peut priver le bien commun de sa dimension transcendante, qui dépasse mais aussi achève la dimension historique. (…) Notre histoire – l’effort personnel et collectif pour élever la condition humaine – commence et culmine en Jésus : grâce à lui, par lui et pour lui, toute réalité, y compris la société humaine, peut être conduite au Bien suprême, à son achèvement. Une vision purement historique et matérialiste finirait par transformer le bien commun en simple bien-être socio-économique, privé de toute finalité transcendante, c’est-à-dire de sa raison d’être la plus profonde » (Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, § 170, Cerf, 2005).

Père Jocelyn

Voter ?

Peut être que certains voteront ce week-end.

Lorsqu’on visite le château impérial de Compiègne, on est saisi évidemment par le faste et le luxe, la beauté des œuvres d’art, du mobilier, de chaque objet.

Pourtant, au fil des pièces visitées une frustration se fait sentir : il n’y a pas la moindre mention ni le moindre signe chrétien. Dans ce château restauré tel qu’il était sous le premier et le second empire, il n’y a nulle part un crucifix, une effigie des saints ou de la Vierge. Le symbolisme, les références culturelles font appel à l’Antiquité : dieux et déesses sont omniprésents. Ainsi ce château témoigne de cette époque où les dirigeants français tentaient d’effacer le christianisme comme référence culturelle et comme moyen de connaître Dieu. Ces puissants empires ont duré à peine une vingtaine d’années chacun…

« Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les maçons » (Psaume 126).

Pourquoi, nous qui sommes chrétiens, mettons-nous si souvent notre foi entre parenthèses lorsque nous allons voter ? Si nous élisons un homme  ou une femme non chrétien, ne façonnera-t-il pas le pays selon ses conceptions non-chrétiennes, voire anti-chrétiennes ? Fera-t-il avancer ainsi la justice ? Si la foi est la lumière qui nous guide, ne croyons-nous pas à l’instar du Christ que « si un aveugle guide un autre aveugle, les deux ne tomberont-ils pas dans un trou ? » (Matthieu 15,14). Les seules valeurs humanistes suffisent-elles ? A la suite des catastrophes guerrières du 20e siècle, un théologien jésuite, Henri de Lubac, écrivait un livre intitulé « Le drame de l’humanisme athée ». Il semble toujours d’actualité.

Père Jean-Pierre

2017 pour « Croire, adorer, espérer et aimer le Bon Dieu »

Chers paroissiens, une année meurt, une année s’ouvre : vive le Bon Dieu ! Je vous souhaite une belle et sainte année 2017!

Cette année, parmi les anniversaires d’événement en tout genre, un particulier sera fêté : le centenaire des apparitions de Fatima. Il y a cent ans, le Ciel s’est ouvert et est descendu sur la terre au Portugal dans une région bien pauvre à des êtres bien simples : trois enfants. D’abord, en 1915 et 1916, un ange leur apparut trois fois leur apprenant notamment à réciter plusieurs prières d’intercession pour que les hommes « croient, adorent, espèrent et aiment » le Bon Dieu. A la dernière apparition, ils firent une expérience surnaturelle exceptionnelle puisque l’ange leur fit communier au corps et au sang de Jésus. Mais une plus grande grâce encore leur fut donnée. C’est d’être les messagers de la Vierge Marie. Celle-ci en personne leur apparut à six reprises. Elle leur demanda de « prier beaucoup et de faire des sacrifices car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui prie et se sacrifie pour elles » (apparition du 13 août 1917). Elle se révéla comme la Vierge du Rosaire et leur réclama de prier tous les jours le chapelet en réparation des péchés commis contre son cœur immaculé. Elle se plaignit des nombreuses ingratitudes faites à son Fils et supplia de « cesser d’offenser davantage Dieu Notre Seigneur, car Il est déjà trop offensé » (apparition du 13 octobre 1917). A la dernière apparition, Saint Joseph et l’Enfant-Jésus apparurent aussi, bénissant le monde par le signe de la Croix.

Ces apparitions, reconnues par l’Eglise en 1930 conservent toujours une grande force. De nombreux papes successifs en approuvèrent l’importance. A ce titre, dans son encyclique Mystici Corporis, le pape Pie XII, rappela que : « Le salut de beaucoup dépendait des prières et des pénitences volontaires des membres du Corps du Christ ».

 

Alors, avec toujours beaucoup d’amour, offrons au Seigneur de nombreux sacrifices en cette année 2017. Par exemple, une tartine en moins le matin, un trajet à pied plutôt qu’en métro un soir, une soirée sans écran, une petite prière ou un cierge à brûler pour telle personne, une marque d’attention pour une personne que nous apprécions moins. Brillons d’inventivité dans ce domaine à la manière de la Petite Thérèse. N’ayons pas peur de ce mot de « sacrifice ». A la messe, nous vivons la célébration du sacrifice par excellence : Jésus se donne entièrement par amour à l’Eglise pour sanctifier ses membres. Imitons-le. Je vous invite également à venir réciter le chapelet en particulier le mercredi à 17h45 à l’église saint Joseph pour honorer la demande de Marie et sauver de nombreux pécheurs.

 

Joyeuse et sainte année 2017 !

Père Jocelyn PETITFILS

La lumière de Noël

Noël rime avec réveil. En cette fête, notre foi retrouve son sens. Les souvenirs de notre enfance refont surface et nous redevenons pour un temps émerveillés de la beauté de cette naissance surnaturelle. L’invisible réapparaît. Dieu devient homme. La solitude n’est plus.

L’innocence de l’enfant-Dieu nous désarme : « Quoi ? Le Tout-Puissant, embrasser la faiblesse ? Le plus élevé devenir rien ? » Il y a de quoi être frappé de l’intérieur. Notre estime de nous-mêmes qui a des airs de grande dame suffoque devant tant de bassesses… Fière, elle tente cependant une dernière chance : « Ne serait-ce pas finalement qu’une fable pour les nourrissons ?  Nous le savons, les petits ont besoin de contes pour s’endormir ».

Pourtant, se surprenant à rester fixée sur le spectacle de la mangeoire, elle commence à contempler le Nouveau-Né. Etouffée par tant de beauté, elle n’arrive plus à se cacher. Dans son palais, elle est meurtrie puis vaincue. Elle finit par abandonner ses riches atours. Libre, elle pleure. La joie l’inonde. Elle se tourne pour s’habiller des voiles de la simplicité. Elle n’ose déposer ses faux bijoux au pied du petit roi. Mais, d’un geste redevenu doux, elle s’agenouille.

Dans le silence de la terre, l’amour a tué la haine. La vie a jailli d’une crèche.

Que l’humilité de Jésus Enfant nous aide à redevenir de vrais fils de Dieu réclamant sans cesse du Père des grâces de salut.

Père Jocelyn PETITFILS

Sermon de St Bernard pour la dédicace de Clairvaux

En ce premier sermon sur la dédicace de l’abbaye de Clairvaux, Saint Bernard fait entrevoir le sens profond de ce que nous célébrons ce dimanche :

1. La fête de ce jour doit nous trouver d’autant plus fervents qu’elle nous touche de plus près. En effet, si nous partageons avec toutes les autres églises les fêtes des saints, celle-ci nous est tellement propre, que, si elle n’est point célébrée par nous, elle ne l’est par personne. C’est donc notre fête, parce que c’est la fête de notre Église, mais elle l’est encore bien davantage, parce que c’est la fête de nos propres personnes. Vous êtes surpris, et vous rougissez peut-être quand vous m’entendez dire que cette fête est la fête de vos personnes, mais … quelle sainteté peuvent avoir ces pierres pour que nous fassions une fête pour elles ? Si elles sont saintes, ce n’est qu’à cause de vos corps. Or, y a-t-il quelqu’un qui doute que vos corps soient saints, quand ils sont les temples de l’Esprit-Saint, en sorte que chacun de vous doit savoir posséder le vase de son corps dans la sainteté (1Th 4, 4) ? Ainsi vos âmes sont saintes parce que l’Esprit de Dieu habite en vous ; vos corps sont saints parce qu’ils sont la demeure de vos âmes, et cet édifice est saint à cause de vos corps qui le fréquentent. [David] Celui qui disait « Gardez mon âme, Seigneur, parce que je suis saint (Ps 85, 2), » était encore dans une chair corruptible, dans un corps de péché, où son âme avait même commis l’énorme crime de l’adultère. Dieu est admirable dans ses saints, non-seulement dans les saints qui sont au ciel, mais encore dans ceux qui sont sur la terre. Puisqu’il a des saints dans l’un et dans l’autre endroit, il est admirable dans les uns, en les rendant bienheureux, et dans les autres, en les rendant saints.

2. Il faut donc que s’accomplisse spirituellement dans nos âmes ce qui a commencé par se faire sous nos yeux sur les murs ; si vous me demandez de quoi je veux parler, c’est de l’aspersion, de l’inscription, de l’onction, de l’illumination et de la bénédiction, car voilà ce que les pontifes ont fait dans cette demeure visible, et c’est là ce que Jésus-Christ, le pontife des biens futurs, opère tous les jours invisiblement en nous.

Et d’abord, il nous asperge avec de l’hysope pour nous purifier, nous laver et nous blanchir, afin qu’on puisse dire de notre âme : « Quelle est-elle, celle qui monte ainsi dans sa blancheur (Ct 8, 5) ? » Il nous lave, dis-je, dans la confession, il nous lave dans la pluie de nos larmes, il nous lave dans la sueur de la pénitence, mais il nous lave surtout dans une eau bien précieuse, dans l’eau qui s’écoule d’une source de bonté, je veux dire de son cœur.

… Ce n’est pas tout, mais le Seigneur a tracé en nous une inscription avec le doigt dont il chassait les démons, évidemment dans le Saint-Esprit. Il trace, dis-je, en nous, sa loi, non plus sur des tables de pierre, mais sur les tables de chair de notre coeur ; voilà comment il accomplit la promesse qu’il avait faite de nous ôter notre coeur de pierre pour nous en donner un de chair (Ez 11, 19)… « Seigneur, heureux l’homme que vous avez vous-même instruit de la loi (Ps 93, 12). » Oui, heureux, dirai-je, ceux qui en sont instruits et qui « se souviennent de ses préceptes, » mais « pour les accomplir (Ps 102, 18). » …

3. Il faut donc que l’onction spirituelle de la grâce vienne aider notre faiblesse et adoucir, par sa pieuse vertu, la croix de nos observances et de toutes nos pénitences ; car on ne saurait sans la croix suivre le Christ, non plus que supporter les aspérités de la croix sans l’onction de la grâce …

Après l’onction de la grâce, le Christ ne va point placer son flambeau sous le boisseau, mais sur le chandelier, attendu qu’il est temps alors que notre lumière apparaisse aux yeux des hommes, qu’ils voient nos bonnes œuvres et glorifient notre Père qui est dans les cieux (Mt 5, 16).

4. Il ne nous manque plus que la bénédiction que nous attendons pour la fin, alors que, ouvrant sa main, il remplira tout être vivant de sa bénédiction. Les quatre premières cérémonies sont les mérites. La récompense est la bénédiction. Le comble de la grâce de la sanctification se trouve, en effet, dans la bénédiction, alors que nous passerons dans une maison qui n’est point faite de main d’homme, mais qui est éternelle et dans les cieux, une maison construite avec des pierres vivantes, je veux dire avec les anges et les hommes, car la construction et la dédicace s’en feront en même temps … C’est ainsi que l’union parfaite des esprits célestes, rapprochés les uns des autres sans aucun intervalle qui les sépare, forme, pour Dieu, une demeure entière et convenable : que le séjour de la glorieuse majesté de Dieu remplit d’un bonheur ineffable.

Père Jean-Pierre