Peut-on aimer sans connaitre ?

« L’athée est aimé par nous d’un amour médiocre parce que nous ne le connaissons pas véritablement ». Ces mots de Madeleine Delbrêl nous interpellent : on ne peut annoncer le Christ et l’Evangile sans aimer. Mais peut-on aimer celui que nous ne connaissons pas vraiment ?

Madeleine Delbrêl (1904-1964) a été une femme poète, assistante sociale et mystique. Mais avant de (re)trouver la foi catholique, elle a traversé ses années de jeunesse dans un profond athéisme. C’est cette expérience qui lui a fait connaître de l’intérieur le vide existentiel que peut éprouver un non-croyant.

Providentiellement, elle a écrit durant cette période. Avec sa rigueur logique elle a cherché à tirer toutes les conséquences de son athéisme :

« On a dit : « Dieu est mort. »
Puisque c’est vrai, il faut avoir le courage de ne plus vivre comme s’il vivait.
On a réglé la question pour lui, il faut la régler pour nous. […]
La mort de Dieu a rendu la nôtre plus sûre. Il faut le savoir. […]

Le malheur grand, important, raisonnable : c’est la mort.
Les révolutionnaires sont intéressants, mais ils ont mal compris la question.
Ils peuvent bien emménager le monde au mieux : nous, il faudra toujours qu’on en déménage.
Les savants sont des gens méritants, mais ils sont un peu enfants.
Ils croient toujours tuer la mort : ils tuent des manières de mourir. La mort, elle se porte bien. […]
Les pacifistes ont du charme, mais ils sont faibles en calcul.
Tous les rescapés de 1918 seront en 1998 rangés dans leurs cimetières personnels. Même si on muselle la guerre, sur 100 hommes, il continuera à en mourir 100, c’est-à-dire 100%. »

Cette expérience sera après sa conversion comme un ressort qui la propulsera dans l’apostolat auprès des « sans-Dieu », à travers la paroisse et les œuvres sociales, à Ivry-sur-Seine.

Terminons quand même par des mots qu’elle prononça bien plus tard, repensant à sa jeunesse :

« Tu vivais et je n’en savais rien. […] Quand j’ai su que tu vivais je t’ai remercié de m’avoir fait vivre, je t’ai remercié pour la vie du monde entier. »

P. Benoit

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