« L’Eucharistie fait l’Église » : cette formule lumineuse de saint Jean-Paul II, dit une réalité que nous expérimentons chaque dimanche, lorsque nous nous rassemblons autour de la Table du Seigneur, venant d’horizons diverses et de sensibilités différentes.
Que se passe-t-il vraiment à la messe ? Nous sommes convoqués — appelés hors de nos vies éparpillées, de nos solitudes, de nos différences — pour devenir ce que nous recevons : le Corps du Christ. L’Eucharistie ne nous unit pas malgré nos diversités, elle assume et ordonne à une même mission nos charismes et nos talents divers pour justement répondre aux appels d’une société plurielle et fragmentée. Car comme nous le chantons : « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père », dans un seul et unique Esprit d’amour qui se donne en chaque messe qui unit autant de membres différents et complémentaires en un seul Corps envoyé dans le monde.
Car en repartant de la célébration dominicale, nous ne repartons pas les mains vides ni seuls. Nous portons en nous le Seigneur lui-même, envoyés dans le monde selon les charismes qui sont les nôtres. À l’un, l’annonce : porter la Bonne Nouvelle là où elle n’a pas encore été entendue. À l’autre, la charité : se faire proche de celui qui souffre, de l’isolé, du pauvre. À un autre encore, le service discret et fidèle, colonne vertébrale de toute vie communautaire.
Mais rien de tout cela ne tient sans la prière, et au cœur de la prière, notamment, l’adoration du Très Saint Sacrement… si vraiment l’Eucharistie fait l’Eglise, c’est dans l’adoration que nous puisons la charité et l’élan de la mission. Devant l’Hostie exposée, Jésus présent réellement, nous apprenons le silence qui écoute la Parole qui nous envoie, l’humilité qui reçoit la grâce pour se donner. C’est là que nos agendas chargés retrouvent leur centre, que nos engagements fatigués se ressourcent. L’adoration n’est pas une fuite du monde : elle est le lieu où nous apprenons à l’aimer du regard même de Dieu, à qui nous confions ce monde avec ses peines et ses espérances.
Chers amis, laissons-nous faire par l’Eucharistie. Elle nous précède, elle nous dépasse, elle nous rassemble. Et c’est elle qui, dimanche après dimanche, fait de nous — lentement, sûrement — cette Église que Dieu donne au monde.
P. Roger +


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