Archives de catégorie : Editoriaux

Pain de Vie

Le Seigneur me parle, à moi présent à la messe, par la bouche du prêtre qui célèbre :
« Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous » ;
« Prenez et buvez en tous : ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. »

Parole mystérieuse et confondante, jaillie du passé, répétée des millions de fois de générations en générations, depuis deux mille ans. Je la retrouve telle quelle dans l’évangile !
Et cependant toujours aussi neuve !

Parole qui a suscité des cathédrales, « écrins d’une miette de pain », et fait s’enthousiasmer les foules au passage du Saint Sacrement dans leur quartier, sous une pluie de pétales de roses.
Mon esprit logique et méthodique se rebiffe.

Mais une question taraude mon cœur :
Mon Dieu se donnerait-il réellement à moi aujourd’hui ?

Père Jean-Pierre Durand

Divinisés

A propos de la Trinité, qui pourrait parfois nous sembler une question oiseuse, sans grand rapport avec ce que nous vivons, le Catéchisme de l’Église Catholique affirme (n°234) :

« Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en lui-même. Il est donc la source de tous les autres mystères de la foi, lumière qui les illumine. Il est l’enseignement le plus fondamental et le plus essentiel dans la hiérarchie des vérités de la foi. »

Central, fondamental, essentiel ! Le christianisme ne se comprend qu’à travers la foi en la Trinité.

Si la Trinité n’existait pas, Jésus ne serait qu’un homme. Dieu ne serait plus vraiment notre Père, mais seulement notre créateur. Nous ne serions que les adeptes d’un homme ayant donné sa vie pour les autres, un humaniste. Notre action ne serait plus inspirée par l’Esprit Saint. Elle ne proviendrait que de notre bonne volonté.

La fondation Raoul Follereau œuvre pour les plus pauvres, en particulier les lépreux. Son président est interviewé à la radio. La speakerine lui demande : “Si on vous dit que vous faites une action humanitaire, qu’est-ce que vous répondez ?” Il lui répond : “Je pense que vous avez fait un lapsus : ce n’est pas une action humanitaire, mais caritative !”

On est là au cœur de la foi en la Trinité : l’expérience que fait cet homme est d’être porté par l’amour divin, la charité qui est comme le nom propre de l’Esprit Saint, la troisième personne de la Trinité. C’est par sa puissance qu’il reconnaît pouvoir aller vers les lépreux.

Dans cette fête de la Trinité, c’est ce que nous reconnaissons. Nous sommes habités par Dieu. Le salut va jusque là. Nous nous reconnaissons comme étant plus que des créatures de Dieu. Cela Voltaire l’avait dit, qui voyait Dieu comme un grand horloger, un fabriquant. Car il faut bien que quelqu’un ait fabriqué tout ce qui existe et qui manifeste une telle intelligence. Mais nous sommes plus que des créatures. Dieu vit en nous, il nous inscrit en son Fils éternel. « Il nous a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu » (Jean 1, 12).

Père Jean-Pierre Durand

Se laisser conduire par l’Esprit

A Jérusalem, dix jours après l’Ascension de Jésus, les apôtres sont restés à attendre le don que Jésus leur avait préparé. Ils ont obéit à la parole de Jésus de veiller dans la foi. Ils se sont rendus disponibles, ouverts à l’accueil de l’Esprit Saint. Et, l’Esprit s’est répandu sur eux. Depuis cet instant, la source de l’Esprit ne s’est jamais tarie. L’eau promise par Jésus à la Samaritaine est bien devenue fleuve. Elle s’est propagée aux quatre coins du globe, comme un liquide qui s’infiltre dans les plus petits interstices. A l’humanité, il a donné cette eau vive du salut. Jésus utilise cette image de l’eau pour décrire l’Esprit Saint parce que, comme l’Esprit, « l’eau est à la base de tout ; parce que l’eau produit la végétation et la vie ; parce que l’eau descend du ciel sous forme de pluie ; parce qu’en tombant sous une seule forme, elle opère de façon multiforme. Elle est différente dans le palmier, différente dans la vigne, elle se fait toute à tous. Elle n’a qu’une seule manière d’être, et elle n’est pas différente d’elle-même. La pluie ne se transforme pas quand elle descend ici ou là, mais, en s’adaptant à la constitution des êtres qui la reçoivent, elle produit en chacun ce qui lui convient » (St Cyrille de Jérusalem).

Accueillons cette eau de la vie. Nous vivons dans un monde fermé à double tour ; verrouillé par des millions de clés. Laissons la porte ouverte au don de Dieu. Lui seul transforme notre être, le féconde comme une plante. Lui seul nous conduit au repos de l’âme, à la joie véritable. Ne cherchons pas à maîtriser tout seul notre vie, à en contrôler les moindres détails. « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils » (Rm 8, 14-15). Mettons notre confiance dans l’Esprit de Dieu. Osons réaliser les coups d’audace que désire l’Esprit. Les apôtres ont fait confiance, ils n’étaient pas meilleurs que nous. « Puisque l’Esprit est notre vie, laissons-nous conduire par l’Esprit» (Ga 5,25).

Père Jocelyn PETITFILS

Confiance en l’Esprit Saint

Dieu est le maître de l’impossible.

L’unité, n’est-ce pas impossible ? Entre frères d’une même famille, d’une même communauté… entre militants de partis différents… entre les générations… Avant de quitter ses disciples, Jésus prie : « Que tous soient un, comme toi Père, tu es en moi, et moi en toi ».

Refléter la gloire de Dieu, n’est-ce pas impossible ? A travers nos actes, nos paroles, notre vie toute entière… A travers la vie de notre communauté paroissiale… le ministère des prêtres… la vie conjugale des époux… « Père, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire ».

Connaître Dieu, n’est-ce pas impossible ? Avons-nous quelque chose de plus que les autres ? On ne peut voir Dieu sans mourir et sa sagesse est aussi élevée au-dessus de la nôtre que les cieux au-dessus de la terre. « Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux ».

Nous sommes inclus dans la prière du Christ. Elle qui élève le monde jusqu’au Père et fait descendre l’Esprit Saint dans les âmes. Prière qui trouve écho dans celle de l’Eglise et des fidèles qui y répondent. Par elle le monde de Dieu et des hommes communique.

De l’Ascension à le Pentecôte, un temps de prière et de méditation pour un pas vers la vie divine.

 

Père Jean-Pierre Durand

L’Ascension du Seigneur ou la présence de Jésus au milieu de nous

Jeudi prochain, nous célèbreront l’exceptionnelle fête de l’Ascension du Seigneur. Depuis 1802, la République nous accorde un jour férié pour approfondir le grand mystère qui s’y joue. Quarante jours après sa résurrection selon les Actes des apôtres, Jésus monte au Ciel, auprès de son Père. Il quitte ses apôtres, il quitte la terre qu’il a aimée. Il quitte les siens, ses apôtres, ses amis. Mais pourquoi cet abandon alors qu’il vient juste de ressusciter ? S’il nous aime, pourquoi nous laisse-t-il seul ?

Il ne s’agit nullement d’un abandon. Jésus continue d’être notre unique Bon Pasteur. Il ne quitte ses apôtres que pour les inviter, et nous avec, à le suivre autrement. Dans l’évangile selon saint Matthieu, la dernière parole qu’il prononça à ses apôtres fut justement : « voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).

L’évangile des pèlerins d’Emmaüs donne un indice de cette présence de Jésus toujours à nos côtés, sur terre. Dans cet évangile, tous tristes, deux disciples de Jésus retournent chez eux. Ils viennent de Jérusalem où ils ont assisté au drame de la mort de leur maître. Ils ont aussi entendu que des femmes avaient prétendu qu’il était ressuscité. En chemin, ils rencontrent un homme qui leur montre le sens de ces événements en reprenant l’Ecriture sainte. Arrivés à la localité d’Emmaüs le soir, ils dînent tous les trois ensemble. Au cours de ce repas, l’homme se met à rompre le pain et à le bénir de la même manière qu’avait fait Jésus la veille de sa mort. Alors, se produit l’étonnant. A leur grande stupéfaction, les deux comprennent que cet homme qui mange avec eux n’est autre que Jésus. Mais, celui-ci disparait subitement de devant leurs yeux. Et eux, remplis du feu de l’amour de Dieu, reviennent à Jérusalem l’annoncer aux apôtres.

Si l’on rapproche cette disparition de celle de l’Ascension, nous pouvons saisir que Jésus se laisse voir désormais de manière privilégiée dans l’Eucharistie. Désormais Jésus ne se voit plus, mais nos yeux, habités par la foi peuvent reconnaitre Jésus dans son corps et son sang. C’est là qu’il nous parle. Bien sûr, Il habite également nos cœurs. Il est présent « lorsque deux ou trois sont réunis en son nom » (Mt 18,20), c’est-à-dire dans son Eglise. Il est présent aussi dans le pauvre. Néanmoins, la demeure de Jésus qui reste la plus importante après son Ascension est bien l’Eucharistie car là se trouve le corps réel et tout entier du Sauveur.

Prenons au sérieux cette proximité de Jésus. Venons honorer la présence du Christ à la messe, et en particulier lors de cette grande fête de l’Ascension. Venons fréquenter Jésus toujours présent au milieu de nous au tabernacle ou à l’adoration. La question était au début : « s’il nous aime, pourquoi nous laisse-t-il seul ? » La question que l’on doit se poser maintenant est : Si nous l’aimons, pourquoi nous le laissons si souvent seul ?

Père Jocelyn Petitfils

Viens, Esprit Saint !

Le 22 avril 1866 le curé de la paroisse Saint Laurent bénissait une nouvelle chapelle, sous le patronage de Saint Joseph Artisan, pour les travailleurs immigrés allemands qui peuplaient les rives du canal Saint Martin.

150 ans plus tard, la chapelle est devenue une paroisse et les Allemands de Paris habitent d’autres quartiers. Les travailleurs  viennent du monde entier. Les religions non chrétiennes sont largement représentées, la population française largement déchristianisée.

Puisque nous sommes à quelques semaines de la Pentecôte, remarquons que la situation actuelle n’est pas sans rappeler celle de l’église primitive. Elle ne relève pas d’un défi humain. La question n’est pas : qu’allons-nous faire pour évangéliser, éduquer, entretenir la foi, etc. ? Mais bien plutôt : qu’allons-nous faire pour que l’Esprit Saint accomplisse ici son œuvre ?

Jésus a d’abord placé ses apôtres dans un état d’attente sachant que, par eux-mêmes, ils ne pouvaient rien faire. Attente et désir de la réalisation d’une promesse : celle d’un cœur nouveau et d’un esprit nouveau, d’un nouveau défenseur. Il nous faut aussi entrer dans cette attente et ce désir. Prier l’Esprit Saint. Lui confier la mission de l’Église dans notre quartier. Nous pénétrer de cette vérité que hors de Lui (le Christ) nous ne pouvons rien faire. Mais c’est l’Esprit Saint qui nous place dans le Christ et le Christ en nous. Il est vrai que nous l’avons déjà reçu, et pourtant il nous faut encore le recevoir. Il peut davantage nous sanctifier, nous transformer et nous envoyer en mission pour que son œuvre se réalise.

La particularité de l’Esprit Saint est d’être imprévisible. Il agit grâce à des personnes dociles à ses motions. Souvent, sans même qu’elles s’en rendent compte. Demandons-lui cette souplesse et cette docilité, de sortir de nos habitudes et de nos schémas. Qu’il nous libère.

Père Jean-Pierre Durand

Amoris laetitia : la joie de l’amour dans la famille

Message du cardinal André Vingt-Trois suite à la parution de l’exhortation apostolique “Amoris lætitia” (La joie de l’amour) Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris :

 L’exhortation apostolique Amoris lætitia est la conclusion que le Pape François a tirée des deux sessions du synode des évêques qu’il avait convoquées en octobre 2014 et en octobre 2015 (…). L’intitulé de l’exhortation est une indication précieuse sur l’esprit général de la réflexion du Pape : il s’agit d’un appel à l’espérance dans la force de l’amour, ciment de l’expérience des familles. Cette tonalité est déjà un appel à un déplacement de nos réflexes spontanés qui abordent les questions de la famille comme un terrain dangereux ou, au moins, problématique.
Mais ce n’est pas le seul déplacement auquel nous sommes appelés. Il nous faut aussi entrer dans la perspective fondamentale de la démarche du Pape. Il nous invite à considérer les réalités familiales d’un point de vue essentiellement pastoral, ce qui veut dire qu’il ne vise pas à établir un catalogue de règles générales que nous devrions et que nous pourrions appliquer en toutes circonstances. Il veut au contraire nous impliquer dans un véritable travail qui consiste à reprendre et méditer le message du Christ et de la tradition chrétienne sur la famille et à chercher comment ce message peut nous aider à accompagner les familles dans les défis auxquels elles sont confrontées. Nous ne devons donc pas attendre de cette exhortation apostolique qu’elle nous fournisse un « kit » de solutions applicables telles quelles à toutes les situations. Ce n’est pas un code du permis et du défendu. C’est un appel à éclairer des personnes dans les situations où elles sont.
L’art de la pastorale n’est pas simplement une application automatique de lois générales à des situations particulières. C’est un art d’accompagnement dans l’amour que le Bon Pasteur porte à chacun de ceux qui lui sont confiés. Il convient donc de partir des personnes et des réalités telles qu’elles se présentent, de chercher à les comprendre, de scruter quels sont les éléments positifs sur lesquels pourrait s’appuyer un désir de conversion et de progrès, bref, d’exercer un discernement spirituel. Cet art du discernement ne peut se mettre en œuvre que si nous nous mettons sous la lumière du Christ et de ses appels à la sainteté. (…) Cette mission d’accompagnement personnalisé suppose que la formation des personnes capables de la mener soit développée et sans cesse actualisée, de telle sorte qu’elles soient accessibles à celles et ceux qui en ont besoin.

C’est la mission que nous confie le Pape au terme de ce synode.
+ André cardinal Vingt-Trois, Archevêque de Paris            Paris, le 8 avril 2016.

Démarche jubilaire pour l’année de la Miséricorde

Cette année 2016, le pape François invite chaque chrétien à vivre un pèlerinage auprès d’une église jubilaire de son diocèse pour recevoir la grâce de l’indulgence plénière.

Ce dimanche 3 avril 2016, dimanche de la Miséricorde, la paroisse vit un pèlerinage à la basilique Notre-Dame du Perpétuel Secours, une des huit églises jubilaires du diocèse de Paris. Nous passerons la porte sainte dans cette église.

L’indulgence plénière n’est pas un sacrement. Le sacrement du pardon, permet au baptisé d’être pleinement rétabli dans l’amitié de Dieu. Dans ce sacrement, Dieu, par l’absolution prononcée par un prêtre qui y est habilité, pardonne les péchés du baptisé qui vient demander d’être réconcilié avec Dieu. Le baptisé reçoit également la grâce de l’Esprit-Saint pour pouvoir lutter toujours mieux contre le péché. Mais, le sacrement de réconciliation n’enlève pas tout. En effet, lorsque nous péchons, nous participons à propager le mal dans le monde, nous participons à le rendre moins beau. Nous devenons « débiteurs » envers Dieu et souvent envers les hommes des conséquences de notre péché. Pour mieux comprendre ce lien, par exemple, si nous avons volé un objet chez quelqu’un, nous sommes tenus de le lui restituer pour que cessent les conséquences du vol. Si nous avons déchiré volontairement un dessin que quelqu’un aimait, nous sommes tenus de le restaurer.

Nous devons faire cesser les conséquences de notre péché. Le sacrement de la réconciliation ne permet pas cette réparation. Il n’enlève pas la « peine » que nous devons accomplir. Nous sommes invités à accomplir cette peine dès cette terre sinon nous l’emporterons au purgatoire avec nous. Il y a deux sortes de peines : les peines dues pour compenser les désordres en chaînes introduits dans le monde par les péchés commis et les peines dues pour effacer les « résidus du péché » dans l’âme du pécheur elle-même. Par cette dernière expression, on désigne la propension à tomber à nouveau dans les mêmes fautes.

L’indulgence permet d’enlever ces deux sortes de peine. En quelque sorte, devant notre désir de réparer les conséquences des fautes commises, Dieu se montre « indulgent » et les enlève. L’indulgence peut être partielle ou plénière. Elle peut être demandée pour nous-mêmes ou pour quelqu’un d’autre.

Une indulgence plénière peut être obtenue après avoir effectué une démarche précise. Les conditions habituelles pour l’obtenir sont : – le désir de changement de vie, – la confession sacramentelle avec absolution personnelle, – la prière aux intentions du Pape, – la profession de foi (en récitant le « Je crois en Dieu »).

Au mois d’avril, les intentions du Pape sont les suivantes : – Pour que les petits exploitants agricoles reçoivent une juste rémunération pour leur travail précieux. – Pour que les chrétiens d’Afrique témoignent de leur foi au Christ au milieu des conflits.

Père Jocelyn PETITFILS

Le Christ est ressuscité !

La joie pascale doit éclairer nos visages malgré les douleurs et les difficultés qui atteignent toujours notre monde. Il ne s’agit pas de les oublier, ce serait manquer de compassion pour les personnes qui en souffrent. Mais c’est accéder à une réalité plus haute : au-delà de la Passion qui est le chemin par lequel  passent l’humanité et chacun de nous, il y a la Vie, la gloire de la résurrection. C’est ce qui donne sens à nos existences. Etre chrétien, ce n’est pas être résigné à subir. C’est participer à la passion du Christ pour parvenir à sa résurrection. La différence se situe dans le sens que nous donnons à l’épreuve. Se savoir appelé à la résurrection ouvre la possibilité de vivre chaque événement en enfant de lumière. « La vérité vous rendra libre » dit Jésus. Libre d’aimer malgré le mal qui nous atteint ; libre de construire sa vie malgré qu’elle doive se terminer un jour ; libre de croire dans les valeurs qui font vivre même si l’on doit mourir. La résurrection du Christ est l’événement central de l’histoire qui a propulsé l’humanité sur la voie de plus hautes civilisations. Elle est notre héritage, transmis par nos pères dans la foi depuis la christianisation de notre pays. Et elle demeure le dynamisme qui libèrera notre société des péchés qui la retiennent encore captive. A chaque génération, le mal à combattre prend des formes nouvelles où les chrétiens sont interpellés en raison de leur espérance en la vie éternelle. Rejetons donc le péché qui nous entrave et courons l’épreuve qui nous est proposée. Le Christ ressuscité est notre force.

Père Jean-Pierre Durand

Sermon de Méliton de Sardes (IIè siècle) sur la Pâque

Bien des choses ont été annoncées par de nombreux prophètes en vue du mystère de Pâques qui est le Christ : A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

C’est lui qui est venu des cieux sur la terre en faveur de l’homme qui souffre ; il a revêtu cette nature dans le sein de la Vierge et, quand il en est sorti, il était devenu homme ; il a pris sur lui les souffrances de l’homme qui souffre, avec un corps capable de souffrir, et il a détruit les souffrances de la chair ; par l’esprit incapable de mourir, il a tué la mort homicide.

Conduit comme un agneau et immolé comme une brebis, il nous a délivrés de l’idolâtrie du monde comme de la terre d’Egypte ; il nous a libérés de l’esclavage du démon comme de la puissance de Pharaon ; il a marqué nos âmes de son propre Esprit, et de son sang les membres de notre corps.

C’est lui qui a plongé la mort dans la honte et qui a mis le démon dans le deuil, comme Moïse a vaincu Pharaon. C’est lui qui a frappé le péché et a condamné l’injustice à la stérilité, comme Moïse a condamné l’Egypte.

C’est lui qui nous a fait passer de l’esclavage à la liberté, des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de la tyrannie à la royauté éternelle, lui qui a fait de nous un sacerdoce nouveau, un peuple choisi, pour toujours. C’est lui qui est la Pâque de notre salut.

C’est lui qui endura bien des épreuves en un grand nombre de personnages qui le préfiguraient ; en Abel il a été tué ; en Isaac il a été lié sur le bois ; en Jacob il a été exilé ; en Joseph il a été vendu ; en Moïse il a été exposé à la mort ; dans l’agneau il a été égorgé ; en David il a été en butte aux persécutions ; dans les prophètes il a été méprisé.

C’est lui qui s’est incarné dans une vierge, a été suspendu au bois, enseveli dans la terre, ressuscité d’entre les morts, élevé dans les hauteurs des cieux.

C’est lui, l’agneau muet ; c’est lui l’agneau égorgé ; c’est lui qui est né de Marie, la brebis sans tache ; c’est lui qui a été pris du troupeau, traîné à la boucherie, immolé sur le soir, mis au tombeau vers la nuit. Sur le bois, ses os n’ont pas été brisés ; dans la terre, il n’a pas connu la corruption ; il est ressuscité d’entre les morts et il a ressuscité l’humanité gisant au fond du tombeau.