Jean Vanier, prophète de la fraternité

J’ai eu la grâce de rencontrer personnellement Jean Vanier il y a une dizaine d’année. Je garde de ce moment une impression singulière. Je n’étais pas le seul à le saluer ce jour-là. Je me souviens qu’à chacun, il manifesta une amabilité très profonde. Pour moi, c’était comme s’il me connaissait depuis toujours, comme si on était des vieux amis.

La qualité de la présence et l’amour pour chacun sans distinction sont des traits spécifiques qui ont marqué toute sa vie. Jean Vanier s’est éteint dans la nuit du 6 au 7 mai. Il fait partie de ces quelques personnes qui ont aidé à transformer la face de la terre. En 1963, âgé de 35 ans, sa rencontre avec deux personnes dans un asile psychiatrique en France, près de la forêt de Compiègne, va changer son existence. Devant la dureté de leur condition de vie, et leur cri de détresse, il décide d’acheter une maison à proximité et de les accueillir pour vivre une expérience de vie commune sans vraiment de plan préétabli à l’avance. Il raconte : « au fond, ils voulaient un ami. Ils ne voulaient pas d’abord mes connaissances, mes capacités de faire des choses, mais mon cœur et mon être ». Très rapidement, des personnes le rejoignent et des nouvelles maisons se lancent. La communauté de l’Arche est née. Elle consiste à vivre une vie commune entre personnes porteuses de handicap mental et des personnes appelées « assistantes » qui les accompagnent.  En 2019, elle rassemble 10 000 membres vivants dans 152 communautés réparties sur tous les continents et où l’on respire un esprit très éloigné de la loi de la performance et de la concurrence débridées. Je peux en témoigner en ayant vécu un mois lumineux dans une de ces communautés. « Le plus pauvre a un pouvoir extraordinaire de guérir certaines blessures de nos cœurs » dira-t-il.

Fervent catholique, Jean Vanier ne va pas cesser de sillonner le monde pour défendre la beauté et la dignité de la vie vulnérable à travers conférences et livres mais en ne délaissant pas sa vie de proximité avec sa communauté de l’Oise. Dans Jésus vulnérable, un de ses livres, il témoigne : « Le risque, c’est de croire que nous sommes quelqu’un parce que nous faisons des choses. Il est vrai que nous savons faire des choses importantes. Nous avons du mal à accepter notre personne profonde, cachée derrière le besoin de prouver quelque chose. Il nous faut découvrir que nous sommes aimés tels que nous sommes. Et c’est le mystère de Dieu. Il se révèle à nous pour nous dire: « Je t’aime comme tu es » ».

Père Jocelyn PETITFILS

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