Un Carême qui déchire !

« Revenez à moi – dit le Seigneur- de tout votre cœur dans le jeûne, les larmes et le deuil. Déchirez votre cœur et non vos vêtements » (Joël 2,12). Voilà la parole par laquelle le Carême commence chaque année. Quelle drôle d’introduction ! Il s’agit d’un curieux appel à déchirer son âme. Pourquoi une telle demande ? Pourquoi se faire passer au scalpel ? Dieu veut-il nous faire du mal ? Est-ce que la Bible et l’Eglise nous incite au dolorisme ?

Notre société moderne n’est pas habituée à ce genre de parole. Nous cherchons à tout prix des recettes de bien-être, de « développement personnel ». Et c’est vrai que malgré les progrès du confort matériel, une grande souffrance psychique accable beaucoup d’entre nous. Le rythme effréné du travail et de la vie quotidienne, les sollicitations publicitaires et commerciales de plus en plus persuasives et séductrices, le refroidissement des relations humaines alourdissent notre être. Nous cherchons à nous tirer de ces douleurs par toute sorte de moyens et méthodes. Pourquoi alors rajouter une contrainte en devant déchirer notre cœur ?

En réalité, ce que demande le Seigneur, ce n’est pas nous rajouter une souffrance plus lourde encore. Ce qu’il demande, c’est de reconnaitre que nous ne pouvons pas nous passer de lui. C’est de prendre conscience qu’ « en Dieu seul mon âme se repose » (Ps 62,2). Il voit les poids que nous portons dans notre vie. Il a pitié de la souffrance de ses enfants mais c’est seulement en se tournant vers lui, en les lui confiant, qu’il pourra nous en délivrer. Le psaume 50 rappelle que : « le sacrifice qui plait à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé » (Ps 50,19). Dieu se manifeste à chaque fois que nous crions vers lui. Déchirer son cœur signifie donc nous présenter à lui humblement, en ouvrant nos âmes à lui, en retirant notre carapace, pour qu’il puisse venir guérir en nous ce qui est blessé.

Le Carême est un temps propice à vivre cette expérience. C’est l’expérience du désert, de la pauvreté et de la dépendance en Dieu qui nous est demandé d’explorer. La joie n’est jamais exclue de ce retour à Dieu puisque « le Seigneur est bon pour qui se fie à lui, pour l’âme qui le cherche » (Lam 3,25). Ensemble, reprenons résolument le chemin de la charité en Dieu et en nos frères.

Père Jocelyn Petitfils

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