Archives de catégorie : Editoriaux

Heureux au service des autres

Dans sa lettre apostolique, La Joie de l’Evangile, le pape François disait éprouver « une immense gratitude pour l’engagement de toutes les personnes qui travaillent dans l’Église… Je dois dire en premier lieu et en toute justice, que l’apport de l’Église dans le monde actuel est immense » (§76). Laissez-nous vous dire également notre gratitude pour tout ce qu’en tant que chrétien vous avez apporté cette année aux hommes de notre temps, que ce soit par votre investissement dans la paroisse ou simplement par votre vie chrétienne dans votre famille et le monde.

Le jeudi saint, le Seigneur lavait les pieds de ses disciples, en signe du service qui donnait sens à toute sa mission et il exhortait les apôtres à faire de même pour entrer dans son bonheur : « heureux êtes-vous si vous le faites ». Servir les autres au nom du Christ, c’est leur apporter plus que notre aide. C’est leur donner la Vie dont ils ont besoin en vérité.  « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours. Dans cette Exhortation je désire m’adresser aux fidèles chrétiens, pour les inviter à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par cette joie » (§1).

Pour évangéliser dans la joie, le pape indiquait entre autres une piste plus particulièrement intéressante alors que nous préparons nos vacances : la nécessité de développer une spiritualité missionnaire caractérisée par le fait « de donner sa vie pour les autres et pour la mission » dans un « enthousiasme missionnaire » (§80). Et ainsi à lutter contre la culture mondialisée qui produit une préoccupation exagérée pour sauvegarder des espaces personnels d’autonomie et de détente, comme des lieux où l’on se réalise vraiment (les loisirs). Toutes les autres tâches, y compris les activités de notre devoir d’état étant alors perçues comme un simple appendice de la vie, plutôt que comme le lieu de réalisation de notre vie. D’où une question : comment notre activité, quoi que nous fassions, loisirs compris, les tâches de notre devoir d’état, vécues de façon missionnaire, nous font réellement vivre ?

Cet été, « ne nous laissons pas voler l’enthousiasme missionnaire » (§80).

Père Jean-Pierre

Viens, Esprit Saint !

L’histoire se passe dans un pays d’Amérique du Sud.

Un papa, qui ne sait ni lire ni écrire, vient de gagner à un jeu télévisé une belle voiture. Il prend son fils avec lui et s’en va donc à la ville voisine, chez le concessionnaire Mercedes où l’attend un représentant de la chaîne de télévision.

Arrivé chez le concessionnaire, on lui présente la voiture, magnifique, confortable, robuste, puissante… Ému, il monte dedans. On lui remet les clés et il s’en va. Fier de rouler dans une si belle voiture. Le chemin est tellement plus agréable à faire qu’à l’aller. Car le village est loin !

Les heures s’écoulent, délicieuses, jusqu’au moment où, tout à coup, après quelques soubresauts, le moteur s’arrête. Le papa ne comprend pas. Il fait le tour de la voiture, il ouvre le capot du moteur : tout à l’air en ordre. Alors un doute lui vient. Il se dit en lui-même : « C’est cela sans doute, une Mercedes. C’est magnifique, mais il faut pousser. » Et il se met à pousser. Son jeune fils se met à pousser aussi. Soudain le chemin lui paraît horriblement difficile. La voiture lui semble maintenant particulièrement lourde. Et le chemin, pourquoi n’est-il pas plat ? Chaque mètre n’est gagné qu’au prix d’un effort croissant. Pourtant, au bout d’un certain temps, ils trouvent un second souffle qui leur permet de poursuivre leur effort.

Malgré tout, vient le moment où, épuisés, ils doivent s’arrêter de pousser. Pendant que le papa se repose au bord du chemin, le petit garçon monte dans la voiture et, tout en fouillant dans la boîte à gants, trouve le mode d’emploi de la Mercedes. Il se met à le lire et, bondissant sur ses pieds, rejoint son père : « Papa, regarde ce qui est écrit ici : par ce bouchon, il faut mettre de l’essence dans le réservoir. Peut être n’y en a-t-il plus ? » Effectivement, le père comprend alors le sens de l’aiguille sur le zéro de cet indicateur. Après avoir trouvé de l’essence la voiture s’anime de nouveau. La Mercedes avance !

Combien de fois ne sommes-nous pas comme ce papa ? Le mariage, c’est beau, c’est grand. Mais il faut pousser ! Le sacerdoce ? C’est magnifique. Mais il faut pousser ! La vie religieuse et même la vie chrétienne tout simplement : c’est extraordinaire, c’est un idéal. Car il faut pousser ! L’évangélisation, c’est lourd, épuisant. On a peur.

N’avons-nous pas oublié l’Esprit Saint ? Dans l’évangile est écrit : « Mon joug est aisé et mon fardeau léger ».

Choisir en conscience

Vous avez entendu dans les médias que l’épiscopat français ne donnait pas de consigne de vote pour le second tour de l’élection présidentielle.

Et effectivement, comment choisir entre deux maux si graves eu égard au dessein de Dieu sur l’homme.

« Par son travail et son génie créateur, l’homme s’est toujours efforcé de donner un plus large développement à sa vie… Grâce notamment à la multiplication des moyens d’échange de toutes sortes entre les nations, la famille humaine prend conscience d’elle-même et se constitue peu à peu comme formant une seule communauté au sein de l’univers » (Vatican II, Gaudim et spes).

Cette fraternité humaine voulue par Dieu qui est le Père de tous, et dont l’Eglise est le commencement ici-bas, constitue un élément essentiel du dessein de Dieu sur l’homme. Le renfermement sur soi-même, l’exclusion de certains constitue un mal grave. Comment le soutenir ?

Et d’un autre côté, la PMA (procréation médicalement assistée), permettra à des femmes seules ou à des couples de femmes d’avoir des enfants sans père ! Cela revient à transformer la sexualité telle que le Seigneur l’a crée dans sa sagesse. Comment en tant que chrétien pouvons-nous soutenir une telle prétention ?

« Quels sont le sens et la valeur de toute cette activité [scientifique et technique] ? Comment faut-il employer toutes ces richesses ? A quel but tendent ces efforts individuels et collectifs ? … Plus le pouvoir de l’homme progresse, plus sa responsabilité, individuelle et collective, s’élargit » (idem).

La PMA constitue en réalité un changement de société profond. Des personnes viendraient à l’existence sans avoir eu de père, par le seul souhait de leur mère. Non plus donc par un acte d’amour, mais sur le seul besoin d’une personne d’avoir un enfant. Il y a là une distorsion grave du dessein de Dieu sur l’homme.

L’épiscopat ne prend donc pas position et laisse chacun choisir en conscience : « De deux maux, il faut choisir le moindre ».

Avant d’entrer dans l’isoloir, demandons vraiment au Seigneur d’éclairer notre conscience.

Père Jean-Pierre

Homélie du 1er mai

La lumière sur les élections

En ce moment, le Musée du Louvre présente une exposition sur Vermeer. Ce peintre est reconnu pour la beauté de ses intérieurs flamands éclairés par une lumière toute particulière. Cette lumière, qui inonde toujours la même pièce où se joue une scène de vie, paraît être comme l’image de la grâce divine se répandant sur les hommes au cœur de leurs activités.

Justement, en ce temps pascal, les nombreux récits d’apparition du Christ ressuscité nous sont donnés pour goûter à cette lumière que le Christ nous apporte au cœur de notre monde marqué par les ténèbres du péché et de la souffrance. Sans sa lumière, notre monde n’aurait pas de sens. Vous vous souvenez des paroles de Jésus : « Hors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). Nous sommes bien démunis si nous mettons uniquement notre espoir dans nos propres forces. Or, Jésus affirme : « Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de la vie » (Jn 8,12). Nous désirons suivre le Ressuscité car c’est lui qui donne la vie en plénitude.

La lumière que le Christ apporte « éclaire d’une lumière nouvelle l’identité, la vocation et le destin ultime de la personne et du genre humain » (CDSE §35). Toute vie humaine est sacrée car elle a été désirée par Dieu qui lui manifeste son amour de jour en jour. Une société qui ne recherche pas à protéger la vie depuis sa conception jusqu’à sa mort dans un environnement sain est une société qui perd de vue l’essentiel et qui détruit ce qui fait sa véritable croissance et son unité sans s’en rendre compte.

C’est dans ce temps pascal qu’il est demandé à beaucoup d’entre nous de voter pour le prochain président de la République française. En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas mettre de côté la question du respect de la dignité transcendante de la personne humaine car « celle-ci représente la fin dernière de la société, qui lui est ordonnée » (CDSE § 132). Sur ce sujet, l’association Alliance Vita donne un éclairage intéressant des engagements des candidats. Prions pour que la lumière du Ressuscité éclaire la France à l’heure du choix de son avenir.

Père Jocelyn PETITFILS

La semaine sainte

Nous entrons dans la Semaine Sainte, source de toutes les grâces que le Seigneur confère aux hommes par le mystère de sa mort et de sa résurrection. Libération du péché et de la mort, don de la sainteté, de la vie éternelle, d’une vie nouvelle dans la foi, l’espérance et la charité.

Au cours de cette semaine seront ainsi institués les sacrements de l’eucharistie et de l’ordre,  consacrées les huiles saintes pour les sacrements des malades, du baptême, de la confirmation. Signes de la grâce divine source de Vie, de force, de guérison, et qui consacre des hommes par lesquels le Christ gouverne toujours son Église. Les sacrements, comme autant de canaux par lesquels chacun peut accéder à la vie nouvelle, extraordinaire invention divine pour que la vie nouvelle de Pâque atteigne chaque homme.

La semaine Sainte ouvre sur le temps pascal où le Seigneur ressuscité enseigne ses disciples sur le mystère insondable du salut. Il leur apprend à attendre l’Esprit Saint. C’est ce à quoi nous convions chacun de vous par le parcours de préparation à la prière de demande de l’effusion de l’Esprit.

Si les sacrements sont les canaux par lesquels nous recevons la grâce divine, nous endiguons malheureusement continuellement cette grâce, ce torrent débordant, au point qu’il ne coule plus en nous que comme un mince filet d’eau. Les carcans de nos habitudes, de nos craintes, de nos doutes et de nos égoïsmes emprisonnent l’enfant de Dieu que nous sommes. Il nous faut réapprendre à vivre sous la mouvance de l’Esprit Saint, nous abandonner à lui, et surtout retrouver le désir de cette vie nouvelle. Il nous faut recevoir de Dieu la grâce d’une deuxième conversion. Qu’il daigne ébranler nos comportements enquistés  par le souffle puissant de son Esprit.

C’est ce en quoi consiste, en peu de mots, la demande d’effusion de l’Esprit. Elle est d’une importance capitale pour nous-mêmes, nos familles et notre paroisse, pour que l’œuvre de Dieu s’accomplisse à travers nous.

Père Jean-Pierre Durand

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Heureux les fragiles !

Alors que nous vivons l’événement des dernières semaines de la campagne de l’élection du Président de la République française, la liturgie nous oriente vers un événement d’une autre ampleur qui est la grande célébration de Pâques. Au terme du Carême, nous allons faire mémoire de la libération à laquelle toute personne aspire au plus profond d’elle-même quand elle a gardé sa conscience : la libération de ses péchés.

En préparation de la grâce de Pâques, l’évangile de ce dimanche 26 mars nous raconte une libération emblématique de Jésus : un aveugle de naissance retrouve la vue.

Il est l’occasion de nous mettre à la place de personnes vivants une exclusion sociale. Le handicap, malheureusement, est un motif d’exclusion sociale. Trop souvent, la personne porteuse d’un handicap est regardée à partir de son seul handicap. En plus de la souffrance du handicap, son expérience quotidienne est rythmée par la peur, la pitié et la solitude. Pourtant, mystérieusement, ceux qui ont le privilège d’entrer en familiarité avec elle (c’est ce que j’ai vécu aux dernières JMJ en accompagnant un groupe avec ces personnes) découvrent le plus souvent dans cette relation une richesse insoupçonnée, transformatrice, une invitation à devenir plus humains ensemble. C’est ce que font vivre en image deux films remarqués sortis en février : Et les mistrals gagnants et Patients.

Philippe De LACHAPELLE, directeur de l’Office chrétien des personnes handicapées, explique ce mystère. « La personne handicapée nous aide en effet à nous réconcilier avec la part fragile de chacun de nous. Etre soi-même en vérité, sans crainte du jugement des autres, est un chemin de liberté. Elle révèle que notre pleine dignité est dans notre être même, pas dans nos pouvoirs, nos richesses, nos apparences ».

Le Christ vient libérer l’aveugle-né de sa cécité pour que l’on rende gloire à Dieu. En final, il associe le fait d’être aveugle avec le fait d’être pur de tout péché : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais du moment que vous dites « nous voyons », votre péché demeure » (Jn 9,41). Reconnaissons donc que nos fragilités ne sont pas des obstacles à notre liberté. Si elles sont intégrées, elles nous aident à vivre l’humilité, vertu primordiale pour recevoir la libération de nos péchés et donc le bonheur.

Père Jocelyn PETITFILS

Saint Joseph, époux de Marie

Sur notre chemin de carême, nous reprenons souffle avec la fête paroissiale, le 19 mars, où nous fêterons notre saint patron, Saint Joseph, sous le vocable « Époux de Marie ».

Le carême, temps de conversion et de pénitence, est éprouvant. Nous y faisons l’expérience de nos limites et de nos faiblesses. À combien plus forte raison Saint Joseph a-t-il expérimenté sa pauvreté, lui dont la nécessité de se convertir était d’autant plus grande que le Saint vivait chez lui, et que les forces du mal se déchainaient contre la sainte famille, entrainant sa fuite en Égypte. Saint Joseph, époux de Marie, fait d’abord l’expérience de sa pauvreté et nous rejoint dans notre carême.

Si le carême est parfois un désert, ce n’est que pour creuser notre soif spirituelle. C’est le but que le Seigneur y poursuit car il n’a qu’un seul désir : faire jaillir en nous la source d’eau vive qui jaillit en vie éternelle, dit-il à la Samaritaine : l’Esprit Saint. Et comment boire si l’on n’a pas soif ? Comment le don de Dieu peut-il être reçu sans être désiré ? Nous ne marchons pas seulement vers Pâques. Nous marchons vers la Pentecôte, l’achèvement du salut par le don du Saint Esprit.

Comment Saint Joseph, en vivant avec Marie « pleine de grâce », pouvait-il ignorer cette soif ? Il a sous les yeux l’achèvement du salut déjà réalisé en Marie, elle que l’Esprit a couvert de son ombre. Son désir, sa soif de Le recevoir à son tour s’agrandissent, le propulsant vers la sainteté. Ses difficultés et ses faiblesses, à la suite du Christ, vécues dans cette vie conjugale où Marie révèle la vie de la grâce divine, ne font que creuser son désir.

De même que le Seigneur a répondu au désir de Joseph, ne doutons pas qu’il y répondra aussi pour nous. Le Seigneur ne nous appauvrit, dans le carême, que pour pouvoir ensuite nous combler. C’est notre espérance, si nous savons convertir nos échecs et nos chutes en désir du Don de Dieu.

 

Père Jean-Pierre DURAND

Catastrophe, c’est le carême

Voici une bande-dessinée du lapin bleu de Coolus qui aide avec humour à entrer dans le Carême.

lapin

lapin-1lapin-3lapin-4lapin-5lapin-6lapin-7Bref, le Carême ne doit pas nous effrayer par les privations à vivre. C’est une opportunité pour vivre ensemble une proximité plus forte avec le Bon Dieu. Mais le Carême ne consiste pas à s’auto-glorifier des efforts que l’on peut faire ni à faire la leçon aux autres pendant 40 jours. Le but est de revenir à Dieu de tout son cœur, certes avec l’aide de petits efforts indispensables mais des efforts gratuits vécus dans l’amour pour la seule louange de Dieu et non la nôtre. Je vous invite à offrir les efforts que vous ferez pour telle ou telle personne, pour telle ou telle intention. En effet, vivre l’ascèse sans l’amour ne sert à rien, sinon à grandir dans l’orgueil spirituel. Dès le mercredi des Cendres, vivons un beau et un profond carême mais sous le regard miséricordieux de Dieu !

Père Jocelyn PETITFILS

Le Cœur de Jésus

Au cours de ces deux prochains dimanches, le Seigneur nous enseigne l’exigence de la nouvelle Alliance. Il va plus loin que la Loi de Moïse. Il scrute nos comportements jusqu’à vouloir arracher de notre cœur la racine du péché : l’emportement qui nous fait proférer une parole blessante, la concupiscence qui nous fera désirer une femme, la rancune et tout esprit de vengeance, il nous demande d’aimer nos ennemis… Il nous désinstalle de nos certitudes d’être déjà arrivés. Nous sommes profondément pécheurs. Même si nous sommes dans une honnête moyenne, nous ne sommes pas saints. Le mot est lâché. Jésus nous appelle à la sainteté car Dieu est saint. C’est son Cœur qu’il veut nous donner : sa bonté, sa douceur, son humilité, sa justice… La figure du Père Charles de Foucauld en est un exemple extraordinaire. Quel changement avant et après sa conversion ! Du fier lieutenant dont le manque de moralité faisait la honte de son colonel jusqu’à l’ermite de Tamanrasset.

 

La victoire à laquelle Dieu nous appelle est celle du Christ dans nos cœurs. Loin du vedettariat, de l’efficacité, du pharisaïsme ou des effets de mode.

 

Père Jean-Pierre Durand

Retrouver le sens du politique

Le 13 octobre dernier, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a publié un texte adressé aux Français intitulé « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Voici quelques extraits qui peuvent nous aider à éclairer de manière chrétienne un sujet d’actualité majeur en cette période électorale.

« Aujourd’hui, (…) plus que jamais, nous sentons que le vivre ensemble est fragilisé, fracturé, attaqué. Ce qui fonde la vie en société est remis en cause. Les notions traditionnelles et fondamentales de Nation, Patrie, République sont bousculées et ne représentent plus la même chose pour tous. Alors même que l’aspiration au débat est forte, il semble devenu de plus en plus difficile de se parler, les sensibilités sont exacerbées, et la violence, sous une forme ou sous une autre, n’est jamais très loin. (…)

Le constat n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, la politique dans notre pays ne cesse de voir son discrédit grandir, provoquant au mieux du désintérêt, au pire de la colère. Le temps qui passe voit le fossé se creuser entre les citoyens et leurs représentants et gouvernants. (…)

Si la politique au sens d’un fonctionnement et d’une pratique connaît un grave malaise aujourd’hui, c’est que quelque chose d’essentiel s’est perdu ou perverti. Et cela n’est pas de la seule responsabilité de la classe politique. Notre société, et plus largement toute vie en commun, ne peut pourtant pas se passer du politique. Le politique précède la politique, il ne se résume pas à sa mise en application. Il affirme l’existence d’un « nous » qui dépasse les particularités, il définit les conditions de la vie en société, tandis que la politique désigne les activités, les stratégies et les procédures concrètes qui touchent à l’exercice du pouvoir. (…) Ce qui doit fonder l’exercice de ce pouvoir c’est le politique, la recherche du bien commun et de l’intérêt général qui doit trouver son fondement dans un véritable débat sur des valeurs et des orientations partagées.

Notre société française connaît une grave crise de sens. Or le politique ne peut échapper à cette question du sens, et doit se situer à ce niveau. (…) En fait, pour aller plus loin, la seule question qui mérite d’être posée n’est-elle pas : qu’est-ce qui fait qu’une vie mérite d’être donnée aujourd’hui ? Pour quoi suis-je prêt à donner ma vie aujourd’hui ? La réponse est sans doute très personnelle et intime, mais elle dit quelque chose d’une vie avec les autres et des valeurs qui animent une société. A cet égard, il est toujours bon de regarder la place qu’une société accorde aux plus faibles, aux plus fragiles en son sein, pour savoir si elle est en bonne santé, ce qui la fait tenir dans ses fondements. Ce sont toujours eux en effet qui nous aident à retrouver l’essentiel et le sens de l’homme que toute société doit protéger ».

En tous les cas, rappelons-nous qu’ « en aucun cas on ne peut priver le bien commun de sa dimension transcendante, qui dépasse mais aussi achève la dimension historique. (…) Notre histoire – l’effort personnel et collectif pour élever la condition humaine – commence et culmine en Jésus : grâce à lui, par lui et pour lui, toute réalité, y compris la société humaine, peut être conduite au Bien suprême, à son achèvement. Une vision purement historique et matérialiste finirait par transformer le bien commun en simple bien-être socio-économique, privé de toute finalité transcendante, c’est-à-dire de sa raison d’être la plus profonde » (Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, § 170, Cerf, 2005).

Père Jocelyn